Victime d'un délit de fuite : qui vous indemnise et dans quel délai ?

Catégorie : Dommage corporel

Par Maître Shalabi — publié le

Victime d'un délit de fuite et conducteur jamais identifié : le fonds de garantie répare vos blessures, si vous le saisissez dans les délais.

Passage piéton mouillé la nuit sous un réverbère, feux arrière d'une voiture s'éloignant dans le lointain

L'essentiel

  • Lorsque le conducteur en fuite n'est pas identifié, le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages indemnise les dommages résultant des atteintes à la personne (article L. 421-1 du code des assurances).
  • La demande au fonds doit être adressée dans les trois ans de l'accident, et un accord avec lui ou une action en justice contre lui doit intervenir dans les cinq ans de l'accident, à peine de forclusion (article R. 421-12 du code des assurances).
  • Le délai court à compter de l'accident et non du classement sans suite de l'enquête (Cass. 2e civ., 29 mars 2018, n° 17-15.268).
  • Le fonds ne peut pas renoncer à la forclusion : une offre présentée après l'expiration du délai de cinq ans ne rouvre pas le droit d'agir (Cass. 2e civ., 30 novembre 2023, n° 22-10.088, publié).
  • Les délais de l'offre d'indemnisation courent contre le fonds à compter du jour où il a reçu les éléments justifiant son intervention (article L. 211-22 du code des assurances).

Le choc, puis le bruit d'un moteur qui s'éloigne : la victime d'un délit de fuite se retrouve blessée, souvent sans plaque relevée, sans nom, sans assureur à qui s'adresser. Le droit ne la laisse pas pour autant sans débiteur. Le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages répond des atteintes à la personne lorsque le responsable demeure inconnu, à la condition que la victime le saisisse dans des délais brefs et qu'elle réunisse des preuves que le temps efface vite.

Victime d'un délit de fuite : qui vous indemnise ?

Lorsque le conducteur en fuite n'est pas identifié, c'est le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages, le FGAO, qui indemnise les dommages résultant des atteintes à la personne. L'article L. 421-1 du code des assurances le charge d'indemniser les victimes, ou leurs ayants droit, d'un accident survenu en France dans lequel est impliqué un véhicule, lorsque le responsable des dommages est inconnu ou n'est pas assuré.

Le fonds ne remplace pas seulement l'assureur absent : il se substitue à lui dans la logique de la loi Badinter, ce qui signifie que la victime piétonne, cycliste ou passagère conserve la protection renforcée de la loi du 5 juillet 1985, et que le conducteur victime voit son droit apprécié selon sa propre faute. Le fonds n'est donc pas une aumône forfaitaire : il doit la réparation que l'assureur du fuyard aurait due.

Deux limites tiennent toutefois au texte. Pour les dommages aux biens, l'intervention du fonds lorsque le responsable est inconnu suppose qu'une personne ait subi une atteinte grave : l'article R. 421-18 du code des assurances exige un décès, une hospitalisation d'au moins sept jours suivie d'une incapacité temporaire d'au moins un mois, ou une incapacité permanente partielle d'au moins 10 %. Et le fonds n'intervient qu'à titre subsidiaire : l'article R. 421-13 du code des assurances exige de la victime qu'elle justifie que l'accident ne peut lui ouvrir droit à une indemnisation complète à aucun autre titre, et prévoit que le fonds ne prend en charge que le complément lorsqu'une indemnisation partielle existe ailleurs.

Victime d'un délit de fuite : les premières démarches

La première démarche est la plainte, déposée sans attendre auprès des services de police ou de gendarmerie, et la seconde est le constat médical. Le dossier que le fonds examinera repose presque entièrement sur ce que les enquêteurs auront consigné dans les premières heures : le lieu exact, l'heure, la description du véhicule, la trajectoire, les témoins, les images de vidéoprotection qui ne se conservent que peu de temps.

  • Faire constater les blessures par un médecin le jour même, et conserver chaque compte rendu d'urgence, de radiologie et de consultation.
  • Relever les coordonnées de chaque témoin, même de celui qui ne pense avoir rien vu d'utile.
  • Photographier les lieux, les traces de freinage, les débris laissés par le véhicule, un morceau de rétroviseur ou de phare permettant parfois d'en identifier le modèle.
  • Demander rapidement la copie du procès-verbal, que le fonds exigera, l'article R. 421-15 du code des assurances visant l'autorité qui l'a dressé parmi les mentions de toute demande.

Ces gestes ne servent pas l'enquête pénale seulement. Ils établissent la réalité de l'accident, l'implication d'un véhicule et l'absence d'identification du responsable, trois conditions sans lesquelles le fonds refusera d'intervenir.

Délit de fuite : faut-il attendre l'issue de l'enquête ?

Non, et c'est l'erreur qui coûte le plus cher. Le délai pour saisir le fonds court à compter de l'accident, non de la clôture de l'enquête. L'article R. 421-12 du code des assurances impose, lorsque le responsable est inconnu, d'adresser la demande au fonds dans le délai de trois ans à compter de l'accident, puis d'avoir, dans le délai de cinq ans à compter de l'accident, réalisé un accord avec lui ou exercé contre lui l'action en justice prévue par l'article R. 421-14. Ces délais sont impartis à peine de forclusion.

La Cour de cassation l'a appliqué à une victime qui faisait valoir qu'elle ne pouvait agir contre le fonds tant que le parquet ne lui avait pas notifié le classement sans suite. Elle a approuvé les juges du fond d'avoir retenu que l'avis de classement, reçu environ deux ans après l'accident, laissait encore « un délai de presque trois ans pour agir », et que la victime, assistée d'un avocat, n'avait pas été dans l'impossibilité d'agir avant l'expiration du délai de cinq ans, « délai qui court à compter de l'accident » (Cass. 2e civ., 29 mars 2018, n° 17-15.268, inédit). Attendre que l'enquête aboutisse, c'est laisser courir un délai qui ne s'arrêtera pas.

Le fonds de garantie après un délit de fuite : comment le saisir

La demande d'indemnité s'adresse au fonds par lettre recommandée ou par envoi recommandé électronique, avec demande d'avis de réception, selon l'article R. 421-13 du code des assurances. Elle doit permettre au fonds de vérifier les conditions de son intervention : la réalité de l'accident et l'implication d'un véhicule, l'existence d'un droit à réparation dans les termes de la législation française sur la responsabilité civile, l'absence d'indemnisation complète à un autre titre, et le fait que le responsable n'a pu être identifié.

Le même texte pose une condition de rattachement : la victime justifie qu'elle est française, qu'elle a sa résidence principale en France, ou qu'elle relève de l'une des autres hypothèses de nationalité ou de résidence qu'il énumère. Le dossier joint donc, outre la plainte et le procès-verbal, les certificats médicaux, les arrêts de travail, et les relevés des organismes sociaux qui ont pris en charge les soins.

Les organismes sociaux, mutuelles et employeurs qui ont versé des prestations interviennent dans le calcul : l'article R. 421-13 leur impose de faire connaître au fonds le montant de leurs versements au plus tard dans un délai de quatre mois à compter de sa demande. C'est le mécanisme du recours des tiers payeurs, qui détermine ce qui reviendra effectivement à la victime poste par poste.

L'offre du FGAO : quels délais pour le fonds ?

Le fonds est tenu, comme un assureur, de présenter une offre d'indemnisation dans des délais légaux. L'article L. 211-22 du code des assurances rend applicables au fonds, dans ses rapports avec les victimes, les articles L. 211-9, L. 211-10 et L. 211-13 à L. 211-19 ; il précise que les délais de l'article L. 211-9 courent contre le fonds à compter du jour où il a reçu les éléments justifiant son intervention.

Ce point de départ propre au fonds a une conséquence pratique : un dossier incomplet retarde l'offre. Plus tôt le fonds reçoit la preuve de l'accident, de l'absence d'identification du responsable et du dommage, plus tôt courent contre lui les délais de l'offre, provisionnelle d'abord lorsque l'état de la victime n'est pas consolidé, définitive ensuite. Le retard du fonds n'est pas sans conséquence : l'article L. 211-22 lui rend applicables les articles L. 211-13 et L. 211-14, et précise que les intérêts dus en application de ce dernier, lorsque le fonds y est tenu, sont versés au Trésor public.

Accord avec le fonds ou procès : le délai de cinq ans

Le délai de cinq ans est le plus redoutable des deux, parce qu'il ne se satisfait pas d'une négociation en cours. Avant son terme, la victime doit avoir conclu un accord avec le fonds, ou l'avoir assigné devant le tribunal judiciaire. Une offre reçue, discutée, refusée ne suffit pas.

La deuxième chambre civile l'a jugé dans un dossier exemplaire. Une victime avait été blessée en 2002 dans un accident de la circulation dont le conducteur avait pris la fuite sans jamais être identifié ; le fonds lui avait adressé une première offre en 2005, puis, après une expertise ordonnée en référé, une seconde en 2010, toutes deux refusées ; la victime n'avait assigné le fonds au fond qu'en 2014. La Cour a jugé que ce délai de forclusion ne peut faire l'objet d'une renonciation, de sorte que l'offre faite par le fonds après son expiration ne valait pas renonciation à s'en prévaloir, et que l'action dirigée contre lui « après l'expiration du délai de cinq ans, était irrecevable » (Cass. 2e civ., 30 novembre 2023, n° 22-10.088, publié au Bulletin).

La limite de cette rigueur tient au texte lui-même : les délais ne courent que du jour où la victime a eu connaissance du dommage si elle prouve l'avoir ignoré jusque-là, et la forclusion n'est pas encourue si elle prouve avoir été dans l'impossibilité d'agir. Ces deux échappatoires s'apprécient strictement ; elles ne se plaident pas, elles se prouvent.

Le conducteur en fuite est retrouvé : que change l'identification ?

L'identification du conducteur change le débiteur et les délais. Si le conducteur retrouvé est assuré, son assureur prend en charge l'indemnisation dans les conditions de droit commun, et le fonds n'a plus à intervenir. S'il n'est pas assuré, le fonds reste tenu, mais selon le régime du responsable connu : l'article R. 421-12 exige alors de la victime qu'elle ait, dans les cinq ans de l'accident, conclu une transaction avec le responsable ou intenté contre lui une action en justice, puis qu'elle adresse sa demande au fonds dans l'année de la transaction ou de la décision passée en force de chose jugée.

La constitution de partie civile devant le tribunal correctionnel qui juge le conducteur est l'une de ces actions. L'avocat de la victime d'un accident avec délit de fuite veille alors à ce que le fonds soit avisé de l'audience dans les formes de l'article R. 421-15 du code des assurances, faute de quoi la décision rendue sur l'indemnité risque de ne pas lui être opposable.

Quels préjudices le fonds indemnise-t-il ?

Le fonds indemnise la victime d'un délit de fuite des dommages résultant des atteintes à la personne selon les règles du droit commun de la réparation, c'est-à-dire l'ensemble des postes de la nomenclature Dintilhac : dépenses de santé restées à charge, pertes de gains professionnels, incidence professionnelle, assistance par tierce personne, déficit fonctionnel temporaire et permanent, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudices des proches en cas de décès ou de handicap grave.

Chaque poste se démontre, et la méthode reste celle de toute indemnisation d'accident : une expertise médicale contradictoire, à laquelle la victime se présente assistée d'un médecin conseil, puis un chiffrage poste par poste avant toute discussion de l'offre. Le fonds dispose de ses propres médecins ; la victime doit disposer du sien.

Les objections que le fonds peut opposer

Le fonds n'est pas un payeur passif face à la victime d'un délit de fuite. Il peut contester les conditions de son intervention, et notamment soutenir que le véhicule n'est pas impliqué, que l'accident ne s'est pas produit dans les circonstances décrites, ou que la victime peut être indemnisée à un autre titre. Il peut opposer la faute de la victime dans les limites de la loi du 5 juillet 1985. Il opposera surtout, et sans état d'âme, la forclusion.

La réponse à ces objections se prépare dès les premiers jours : un procès-verbal précis, des témoins identifiés, des constatations médicales datées, une demande adressée au fonds sans attendre l'issue de l'enquête, puis un accord conclu ou une assignation délivrée avant le terme du délai de cinq ans, quel que soit l'état de la discussion amiable.

Victime d'un délit de fuite : pourquoi consulter un avocat dès le début

Parce que les deux délais de l'article R. 421-12 courent dès le jour de l'accident, qu'ils sont impartis à peine de forclusion et que le fonds ne peut pas y renoncer, une victime qui laisse passer le temps en attendant l'enquête ou en discutant une offre perd son droit sans retour. Le rôle de l'avocat est de fixer ces échéances dès le premier rendez-vous, d'adresser une demande complète au fonds, de préparer l'expertise et, si l'accord ne vient pas, de saisir le tribunal judiciaire avant le terme du délai.

Pour l'ensemble des droits de la victime d'un accident, la page consacrée au dommage corporel présente la démarche du cabinet. Le cabinet étudie votre situation et vous indique, dès le premier échange, les préjudices en jeu, la marche à suivre et la manière dont les honoraires seront fixés. Secrétariat : 01 85 61 17 00. Vous pouvez aussi écrire au cabinet.

Questions fréquentes

Délit de fuite : qui paie mes blessures si le conducteur n'est jamais retrouvé ?

Le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages. L'article L. 421-1 du code des assurances le charge d'indemniser les atteintes à la personne nées d'un accident survenu en France impliquant un véhicule, lorsque le responsable est inconnu ou non assuré. Le fonds applique les règles de la loi du 5 juillet 1985 et indemnise l'ensemble des postes de préjudice corporel, à titre subsidiaire si une autre indemnisation existe.

Dans quel délai saisir le fonds de garantie après un délit de fuite ?

Lorsque le responsable est inconnu, la demande doit être adressée au fonds dans les trois ans de l'accident. Dans les cinq ans de l'accident, la victime doit en outre avoir conclu un accord avec le fonds ou engagé contre lui une action devant le tribunal judiciaire. Ces délais sont prévus à peine de forclusion par l'article R. 421-12 du code des assurances.

Faut-il attendre la fin de l'enquête pour saisir le FGAO ?

Non. Le délai court à compter de l'accident. La Cour de cassation a approuvé une décision déclarant forclose une victime qui avait reçu l'avis de classement sans suite environ deux ans après l'accident et qui, assistée d'un avocat, n'avait pas été dans l'impossibilité d'agir dans les cinq ans (Cass. 2e civ., 29 mars 2018, n° 17-15.268).

Le conducteur en fuite a été retrouvé : qui m'indemnise ?

S'il est assuré, son assureur indemnise selon le droit commun. S'il ne l'est pas, le fonds reste tenu selon le régime du responsable connu : dans les cinq ans de l'accident, la victime doit avoir transigé avec lui ou l'avoir attrait en justice, la constitution de partie civile pouvant en tenir lieu, puis saisir le fonds dans l'année de la transaction ou de la décision définitive.

Le fonds m'a fait une offre après cinq ans : puis-je encore agir ?

Pas sur ce seul fondement. La Cour de cassation juge que le délai de cinq ans de l'article R. 421-12 est un délai de forclusion qui ne peut faire l'objet d'une renonciation : une offre présentée par le fonds après son expiration ne vaut pas renonciation, et l'action engagée tardivement est irrecevable (Cass. 2e civ., 30 novembre 2023, n° 22-10.088, publié). Restent l'ignorance du dommage et l'impossibilité d'agir, à prouver.

Sources