Conduite malgré annulation du permis : peines et défense

Catégorie : Droit routier

Par Maître Shalabi — publié le

Conduire malgré l'annulation ou l'invalidation du permis : peines de L. 224-16 et L. 223-5, confiscation, notification et effet du retrait de la 48 SI.

Voiture stationnée au crépuscule, siège conducteur vide

L'essentiel

  • La conduite malgré annulation du permis est punie de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende par l'article L. 224-16 du Code de la route, à condition que l'annulation ait été notifiée.
  • La conduite malgré invalidation pour solde de points nul relève d'un texte distinct, le V de l'article L. 223-5 du Code de la route, qui renvoie aux mêmes peines principales.
  • La confiscation du véhicule est obligatoire en cas de conduite malgré annulation judiciaire, sauf décision spécialement motivée, et seulement facultative en cas de conduite malgré invalidation.
  • Selon la chambre criminelle (Crim., 14 juin 2022, n° 21-87.046), le retrait de l'acte administratif d'invalidation prive de base légale la poursuite pour conduite malgré invalidation.
  • Après une invalidation, un nouveau permis ne peut être obtenu qu'à l'expiration de six mois à compter de la remise du permis au préfet, ou d'un an en cas de nouvelle invalidation dans les cinq ans.

Conduire alors que le permis a été annulé par un tribunal, ou invalidé faute de points, expose à des poursuites correctionnelles que beaucoup de conducteurs découvrent au bord de la route, lors d'un contrôle banal, sans avoir mesuré qu'ils avaient perdu depuis des semaines, parfois des mois, le droit même de tenir un volant. La conduite malgré annulation du permis et la conduite malgré invalidation obéissent à deux textes, l'article L. 224-16 du Code de la route pour l'annulation judiciaire et l'article L. 223-5 pour l'invalidation consécutive au solde nul, et leur régime n'est pas identique : les peines principales se rejoignent, mais la confiscation, la suspension complémentaire et la défense elle-même suivent des chemins distincts.

Conduite malgré annulation du permis : ce que dit la loi

La conduite malgré annulation du permis est un délit puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende par le I de l'article L. 224-16 du Code de la route, dans sa version en vigueur depuis le 30 septembre 2021. Le texte vise toute personne qui conduit un véhicule à moteur exigeant un permis « malgré la notification qui lui aura été faite » d'une décision prononçant à son encontre la suspension, la rétention, l'annulation ou l'interdiction d'obtenir la délivrance du permis.

L'annulation est une peine prononcée par une juridiction pénale, le plus souvent après une conduite sous l'empire d'un état alcoolique, une conduite après usage de stupéfiants ou une récidive. Elle fait disparaître le titre lui-même : le conducteur ne retrouve pas son permis à l'expiration d'un délai, il doit en solliciter un nouveau lorsque l'interdiction fixée par le jugement est échue. Tant que ce nouveau permis n'est pas délivré, conduire reste interdit.

La notification est la clef de voûte de l'incrimination. Le délit ne naît pas de la seule décision d'annulation ; il naît de la conduite postérieure à une notification régulière, dont la preuve incombe à l'accusation, de sorte qu'un dossier où la date et la forme de cette notification restent incertaines doit être examiné avec la plus grande attention.

Conduire avec un permis invalidé après une lettre 48 SI

Le conducteur dont le solde de points tombe à zéro reçoit une décision dite 48 SI qui lui enjoint de remettre son permis au préfet de son département de résidence ; il perd à cet instant le droit de conduire. Conduire malgré cette injonction est réprimé par le V de l'article L. 223-5 du Code de la route, qui renvoie aux peines de son III : deux ans d'emprisonnement et 4 500 euros d'amende.

L'infraction possède ainsi son propre texte, ses propres peines complémentaires et sa propre logique, puisqu'elle sanctionne la méconnaissance d'une injonction administrative, là où l'article L. 224-16 réprime la violation d'une mesure notifiée. Le recours contre la lettre 48 SI, exposé dans notre article sur la lettre 48 SI, devient alors une pièce maîtresse de la défense pénale.

Le même article fixe le délai au terme duquel un nouveau permis peut être obtenu : six mois à compter de la remise du permis au préfet, porté à un an lorsqu'un nouveau retrait de la totalité des points intervient dans les cinq ans du précédent, sous réserve d'un examen médical et psychotechnique favorable effectué aux frais de l'intéressé.

Peines complémentaires : confiscation et suspension du permis

Les peines complémentaires de la conduite malgré annulation du permis et de la conduite malgré invalidation se ressemblent en apparence et divergent sur deux points qui pèsent lourd dans la vie d'un conducteur.

MesureMalgré annulation (L. 224-16)Malgré invalidation (L. 223-5)
Peine principale2 ans et 4 500 euros2 ans et 4 500 euros
Confiscation du véhiculeObligatoire si le condamné en est propriétaire, sauf décision spécialement motivéeFacultative, si le condamné en est propriétaire
Suspension complémentaireTrois ans au plus, jamais limitée à la conduite hors activité professionnelleTrois ans au plus, pouvant être limitée à la conduite hors activité professionnelle
Interdiction de conduire certains véhiculesCinq ans au plusCinq ans au plus
Travail d'intérêt général, jours-amende, stageEncourusEncourus

La confiscation obligatoire de l'article L. 224-16 cède dans un cas que le texte nomme : lorsque le délit a été commis à la suite d'une mesure administrative prise en application des articles L. 224-1, L. 224-2 ou L. 224-7. L'annulation étant une peine judiciaire, cette exception ne la concerne pas, et seule une décision spécialement motivée permet alors d'écarter la confiscation.

Deux autres dispositions de l'article L. 224-16 ne jouent qu'après une suspension ou une rétention : la peine complémentaire d'annulation prévue à son III, et la réduction de plein droit de la moitié du nombre maximal de points prévue à son V. La conduite malgré annulation du permis n'en relève pas, ce qui se vérifie dans la prévention et dans le jugement.

Le véhicule peut en outre faire l'objet, dès le contrôle, d'une immobilisation prescrite dans les conditions des articles L. 325-1 à L. 325-3 du Code de la route, que le IV de l'article L. 224-16 rend applicables à la conduite malgré annulation du permis. Cette mesure, distincte de la confiscation qui ne peut être prononcée que par le tribunal, prive le conducteur de son véhicule avant tout jugement, et son sort se discute dès les premiers jours, parce que les frais de garde courent pendant que la procédure pénale suit son cours.

Invalidation retirée : la poursuite perd sa base légale

La conduite malgré invalidation repose tout entière sur un acte administratif, et la chambre criminelle en a tiré la conséquence. Dans un arrêt du 14 juin 2022 (Crim., 14 juin 2022, n° 21-87.046), elle a cassé sans renvoi la condamnation d'un conducteur dont l'une des infractions ayant conduit à la perte des points avait été extraite de son relevé, de sorte que son permis était valide au moment des faits.

Le motif de la Cour, rendu au visa de l'article L. 223-5, énonce qu'il « se déduit de ce texte interprété à la lumière du principe de légalité des délits et des peines que le retrait d'un acte administratif implique que cet acte est réputé n'avoir jamais existé et prive de base légale la poursuite engagée pour violation de cet acte ». La cour d'appel avait jugé que la récupération des points, postérieure aux faits, restait sans effet sur des poursuites régulièrement engagées ; c'est précisément ce raisonnement qui a été censuré.

La portée de cette décision appelle deux réserves loyales. Elle est inédite et suppose que le retrait de l'acte soit acquis, ce qui renvoie au contentieux administratif de la 48 SI, mené devant le tribunal administratif dans le délai de deux mois de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Elle commande surtout une méthode : le recours contre l'invalidation et la défense pénale se conduisent ensemble, parce que c'est souvent le premier qui fabrique le moyen décisif du second.

Notification de l'annulation : la preuve à rapporter

La conduite malgré annulation du permis ne se conçoit qu'après une notification ; la conduite malgré invalidation, qu'après une injonction effectivement portée à la connaissance du conducteur. Dans les deux cas, la défense commence par la reconstitution exacte de la chaîne : la date de la décision, la date et la forme de sa notification, l'adresse à laquelle elle a été adressée, l'accusé de réception et ses mentions postales.

La jurisprudence ne laisse pas cette question sans contrepoids. En matière de suspension préfectorale, la chambre criminelle a jugé que la notification exigée par l'article L. 224-16 avait été réalisée par la présentation au domicile de la lettre recommandée prévue par l'article R. 224-4, alors que le conducteur ne l'avait pas retirée (Crim., 4 juin 2013, n° 12-86.877, publié au Bulletin). La riposte exige la production de l'avis de réception revenu, avec ses mentions de présentation, faute de quoi le présupposé de fait de cette jurisprudence manque ; une simple ignorance alléguée n'y suffirait pas.

La rigueur de la motivation fournit un second levier. Une condamnation prononcée sur une prévention laissant en blanc la date et la durée de la mesure, et sur des motifs se bornant à déclarer les faits établis, a été cassée pour défaut de base légale (Crim., 10 janvier 2007, n° 06-82.143). L'arrêt, inédit, se prononce sur la seule absence de motivation, le grief propre à la notification n'ayant pas été examiné ; il rappelle néanmoins que la juridiction doit caractériser chacun des éléments du délit.

Distinguer ces délits de la conduite sans permis

La conduite sans permis de l'article L. 221-2 du Code de la route vise le conducteur qui n'est pas titulaire du permis correspondant à la catégorie du véhicule et l'expose à un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende. La conduite malgré annulation du permis, comme la conduite malgré invalidation ou malgré suspension, suppose une décision notifiée et ne se confond pas avec elle ; une prévention qui ne correspond pas à la mesure réellement prise doit être relevée dès l'ouverture des débats.

Notre article sur la conduite malgré suspension détaille la situation voisine du conducteur dont le permis n'est que suspendu, et notre article sur l'annulation judiciaire du permis expose la peine d'annulation elle-même et la manière d'obtenir un nouveau titre.

Que faire après une conduite malgré annulation du permis

Poursuivi pour conduite malgré annulation du permis ou malgré invalidation, le conducteur a d'abord à réunir les pièces : le jugement d'annulation ou la décision 48 SI, l'enveloppe et l'avis de réception lorsqu'ils existent, le relevé d'information intégral, et la convocation reçue. Il lui faut ensuite vérifier l'état des recours administratifs ouverts contre l'invalidation, dont le délai court à compter de la notification.

Le dossier se plaide alors sur trois plans successifs : la base légale de la poursuite, qui tombe lorsque l'acte administratif est retiré ; la preuve de la notification, que l'accusation doit rapporter ; la peine enfin, où, en matière de conduite malgré annulation du permis surtout, la confiscation et la suspension complémentaire se discutent pied à pied, en particulier lorsque le véhicule conditionne un emploi.

La page consacrée à l'avocat pour conduite malgré suspension présente l'intervention du cabinet devant le tribunal correctionnel pour l'ensemble de ces délits, et la page droit routier rassemble les autres contentieux du permis. Pour une analyse de votre dossier, contactez le cabinet ; le secrétariat répond au 01 85 61 17 00.

Questions fréquentes

Que risque-t-on pour conduite malgré annulation du permis ?

La conduite malgré annulation du permis est un délit puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende par l'article L. 224-16 du Code de la route. Le tribunal doit en principe confisquer le véhicule dont le condamné est propriétaire, sauf décision spécialement motivée, et peut prononcer une suspension de trois ans au plus, une interdiction de conduire certains véhicules, un travail d'intérêt général ou un stage.

Conduire avec un permis invalidé après une 48 SI, est-ce le même délit ?

Non. La conduite malgré l'injonction de remettre le permis après un solde de points nul est réprimée par le V de l'article L. 223-5 du Code de la route. Les peines principales sont identiques, deux ans d'emprisonnement et 4 500 euros d'amende, mais la confiscation y est facultative et la suspension complémentaire peut être limitée à la conduite en dehors de l'activité professionnelle.

Que se passe-t-il si la 48 SI est annulée ou retirée après le contrôle ?

La chambre criminelle juge que le retrait de l'acte administratif d'invalidation implique que cet acte est réputé n'avoir jamais existé et prive de base légale la poursuite engagée pour sa violation (Crim., 14 juin 2022, n° 21-87.046). Le recours administratif contre la 48 SI, formé dans le délai de deux mois, se mène donc en parallèle de la défense pénale.

Je n'ai jamais reçu la lettre recommandée, suis-je poursuivable ?

Le délit suppose une notification régulière, dont la preuve incombe à l'accusation. La chambre criminelle a toutefois jugé que la présentation au domicile d'une lettre recommandée non retirée valait notification d'une suspension préfectorale (Crim., 4 juin 2013, n° 12-86.877). La défense exige donc la production de l'avis de réception et de ses mentions de présentation.

Quand peut-on repasser le permis après une invalidation ?

L'article L. 223-5 du Code de la route interdit d'obtenir un nouveau permis avant l'expiration d'un délai de six mois à compter de la remise du permis au préfet. Ce délai est porté à un an lorsqu'une nouvelle perte de la totalité des points intervient dans les cinq ans, et la délivrance suppose un examen médical et psychotechnique favorable, aux frais de l'intéressé.

Sources