Permission de sortir : conditions, refus et recours devant le JAP

Catégorie : Droit pénal

Par Maître Ibrahim Shalabi — publié le

Un détenu peut demander une permission de sortir pour préparer sa réinsertion ou maintenir ses liens familiaux. Le cabinet Shalabi détaille conditions, refus et recours.

Une porte de cellule entrouverte laissant filtrer la lumière dans un couloir d'établissement pénitentiaire, photographie éditoriale en noir et blanc

L'essentiel

  • La permission de sortir autorise une sortie de trois jours maximum pour maintenir les liens familiaux ou préparer la réinsertion, sans jamais constituer un droit automatique.
  • Au-delà de cinq ans de peine, la moitié doit être exécutée ; ce seuil s'apprécie sur la durée cumulée de toutes les peines portées à l'écrou selon la Cour de cassation.
  • Le juge de l'application des peines statue après avis de la commission de l'application des peines, réputé rendu passé un délai d'un mois.
  • Le refus se conteste devant le président de la chambre de l'application des peines de la cour d'appel, et non devant la chambre des appels correctionnels.
  • L'urgence est déterminante : un appel examiné après la date de sortie sollicitée devient sans objet, d'où l'intérêt d'agir sans délai dès la notification du refus.

Assister aux obsèques d'un proche, présenter un examen, préparer un entretien d'embauche, retrouver ses enfants quelques heures : la permission de sortir est souvent la première mesure concrète qui rouvre le monde extérieur à une personne détenue. Elle n'a rien d'un droit acquis, et son octroi comme son refus obéissent à des règles précises que le code de procédure pénale organise avec minutie. Comprendre ces règles, et surtout les voies de recours en cas de refus, conditionne des démarches qui, pour la famille comme pour le détenu, comptent parmi les plus attendues de toute l'exécution de la peine.

Ce qu'est une permission de sortir et à qui elle est ouverte

La permission de sortir autorise une personne condamnée incarcérée à quitter temporairement l'établissement pénitentiaire, pour une durée maximale de trois jours, en vue du maintien des liens familiaux ou de la préparation de sa réinsertion professionnelle ou sociale. Le code de procédure pénale réserve cette mesure aux personnes détenues en maison d'arrêt, en maison centrale, en centre de semi-liberté, et, lorsqu'elles sont majeures, en établissement pénitentiaire spécialisé pour mineurs. Elle se distingue de la semi-liberté et du placement extérieur, qui organisent une sortie régulière et encadrée sur la durée, alors que la permission de sortir répond à un besoin ponctuel et daté.

Les cas d'ouverture prévus par le texte

Le règlement énumère plusieurs hypothèses dans lesquelles la permission peut être sollicitée : la préparation d'un projet professionnel ou d'une formation, le maintien des relations familiales à l'occasion d'un événement grave touchant un proche, la présentation à un examen, ou plus largement toute démarche utile à la réinsertion. Ce n'est jamais un droit automatique : le texte parle d'une faculté laissée à l'appréciation du juge de l'application des peines, qui doit mettre en balance l'intérêt de la mesure et le risque qu'elle peut représenter.

Les conditions de peine et de quantum exécuté

L'accès à la permission de sortir dépend directement de la durée de la peine restant à exécuter et de la part de la peine déjà accomplie. Pour une personne condamnée à une peine privative de liberté supérieure à cinq ans, le texte n'ouvre en principe la permission de sortir qu'après exécution de la moitié de la peine, alors que d'autres dispositions permettent aux condamnés incarcérés en centre de détention d'y accéder dès le tiers de la peine exécuté, notamment en vue de la préparation de leur réinsertion sociale.

Comment se calcule le seuil en cas de peines multiples

La Cour de cassation, saisie pour avis, a précisé un point technique qui change concrètement l'issue de nombreuses demandes : les textes relatifs à l'application des peines s'appliquant en considération de la situation pénale globale du condamné, le seuil de cinq ans, au-delà duquel l'octroi d'une permission de sortir est soumis à la condition d'exécution de la moitié de la peine, s'entend de la durée cumulée de l'ensemble des peines portées à l'écrou. Une personne exécutant plusieurs peines dont chacune est inférieure à cinq ans, mais dont le cumul dépasse ce seuil, se voit donc appliquer le régime le plus restrictif. La chambre criminelle avait déjà jugé, dans le même sens, que la juridiction qui infirme une ordonnance du juge de l'application des peines doit vérifier avec précision la part de peine exécutée au regard du quantum total prononcé, une décision fondée sur un calcul erroné encourant la cassation.

La procédure d'octroi : rôle du JAP et de la commission de l'application des peines

La décision revient au juge de l'application des peines, qui statue par ordonnance après avis de la commission de l'application des peines, laquelle réunit le chef d'établissement et les services pénitentiaires d'insertion et de probation. Sauf urgence, cet avis est requis avant toute décision, mais il est réputé rendu si la commission ne s'est pas prononcée dans le délai d'un mois suivant sa saisine, ce qui évite qu'un simple retard administratif ne bloque indéfiniment une demande.

Ce que vérifie concrètement le juge de l'application des peines

Le juge de l'application des peines apprécie le comportement en détention, la nature des faits à l'origine de la condamnation, les garanties de représentation offertes par le projet présenté, et l'existence ou non d'un risque de fuite ou de récidive. Un projet insuffisamment documenté, sans lieu d'hébergement précis ni programme horaire détaillé, expose la demande à un rejet, quand bien même la personne détenue remplirait par ailleurs les conditions de quantum de peine exécuté.

Le refus de permission de sortir et les voies de recours

Lorsque le juge de l'application des peines rejette la demande, la personne détenue n'est pas privée de tout recours. L'ordonnance de rejet peut faire l'objet d'un appel, porté devant une juridiction précise dont la compétence a fait l'objet d'un rappel exprès de la Cour de cassation.

Le président de la chambre de l'application des peines, juge de l'appel

La chambre criminelle a rappelé que l'appel des ordonnances mentionnées au 1° de l'article 712-11 du code de procédure pénale est porté devant le président de la chambre de l'application des peines de la cour d'appel, qui statue par ordonnance motivée au vu des observations du ministère public et de celles du condamné ou de son avocat. Les ordonnances ainsi visées comprennent précisément celles prévues par l'article 712-5 du code de procédure pénale, qui régit les décisions relatives aux permissions de sortir. Ce circuit de recours, spécifique à l'application des peines, ne doit pas être confondu avec l'appel de droit commun devant la chambre des appels correctionnels : un pourvoi ou un appel formé devant la mauvaise juridiction expose le condamné à voir son recours déclaré irrecevable, ce qui, compte tenu des délais souvent très courts avant la date pour laquelle la sortie était sollicitée, peut rendre le recours sans objet avant même d'être examiné.

L'urgence, un facteur qui pèse sur l'utilité du recours

La brièveté des délais est la principale difficulté pratique de ce contentieux. Plusieurs décisions rendues en appel constatent que la période pour laquelle la permission de sortir était sollicitée est déjà écoulée au moment où la juridiction d'appel statue, ce qui rend l'appel sans objet. C'est dire l'importance de former le recours sans délai dès la notification du refus, et de solliciter, lorsque la situation le permet, un examen accéléré compte tenu de la date de l'événement à l'origine de la demande.

Les permissions de sortir sous escorte, une mesure distincte

À côté de la permission de sortir ordinaire, le code de procédure pénale organise également des autorisations de sortie sous escorte, décidées selon une procédure proche mais qui n'exige pas les mêmes conditions de quantum de peine exécuté, notamment pour des motifs impérieux tels qu'un événement familial grave ou une hospitalisation. Ces deux mesures, bien que voisines, répondent à des logiques différentes : la sortie sous escorte reste placée sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire, alors que la permission de sortir laisse le condamné se déplacer seul, sous le seul contrôle des obligations fixées par l'ordonnance qui l'autorise.

Ce que risque le détenu qui ne respecte pas les conditions de sa permission

La permission de sortir est assortie d'obligations précises : horaires de départ et de retour, lieu de résidence pendant la sortie, parfois interdiction d'entrer en contact avec certaines personnes. Le non-respect de ces obligations, et a fortiori l'absence de retour à l'expiration du délai accordé, expose à des poursuites pour évasion et compromet gravement toute demande ultérieure d'aménagement de peine, la permission de sortir constituant fréquemment une étape probatoire avant une libération conditionnelle ou un placement en semi-liberté.

Pourquoi se faire assister par un avocat pour une demande de permission de sortir

Une demande mal argumentée, un dossier de réinsertion incomplet ou un recours formé devant la mauvaise juridiction peuvent transformer une démarche légitime en occasion manquée, parfois définitivement lorsque l'événement motivant la demande est passé avant que le recours n'ait été examiné. Un avocat qui maîtrise le contentieux de l'application des peines sait comment documenter un projet de sortie, anticiper les objections du juge de l'application des peines et, en cas de refus, saisir sans délai le président de la chambre de l'application des peines selon la procédure exacte prévue par les textes. Pour toute demande de permission de sortir ou tout recours contre un refus, contactez le cabinet, qui accompagne les personnes détenues et leurs familles dans le cadre de la défense pénale.

Foire aux questions sur la permission de sortir

Combien de temps dure une permission de sortir ?

La durée maximale est de trois jours par permission accordée. Le juge de l'application des peines fixe la durée exacte, les horaires de départ et de retour, ainsi que les éventuelles obligations particulières, en fonction du motif invoqué et du projet présenté par la personne détenue.

Quelle part de la peine doit être exécutée pour obtenir une permission de sortir ?

Le seuil dépend de la durée totale de la peine. Au-delà de cinq ans d'emprisonnement, la moitié de la peine doit en principe être exécutée. Ce seuil de cinq ans s'apprécie, selon la Cour de cassation, au regard de la durée cumulée de l'ensemble des peines portées à l'écrou lorsque la personne exécute plusieurs condamnations.

Comment contester le refus d'une permission de sortir ?

Le refus opposé par le juge de l'application des peines peut faire l'objet d'un appel porté devant le président de la chambre de l'application des peines de la cour d'appel, qui statue par ordonnance motivée. Ce recours doit être exercé rapidement, car un appel examiné après la date pour laquelle la sortie était sollicitée devient sans objet.

La permission de sortir est-elle un droit automatique ?

Non. C'est une mesure laissée à l'appréciation du juge de l'application des peines, qui tient compte du comportement en détention, de la nature des faits jugés, des garanties du projet présenté et du risque de fuite ou de récidive, après avis de la commission de l'application des peines.

Que risque-t-on en cas de non-retour après une permission de sortir ?

Le non-respect des horaires ou l'absence de retour à l'issue du délai accordé expose à des poursuites pour évasion et compromet fortement toute demande ultérieure d'aménagement de peine, la permission de sortir servant souvent d'étape probatoire avant une libération conditionnelle ou une semi-liberté.

Quelle différence entre une permission de sortir et une sortie sous escorte ?

La permission de sortir laisse la personne détenue se déplacer seule, sous le contrôle des obligations fixées par le juge. La sortie sous escorte reste placée sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire et répond à des motifs impérieux, sans exiger nécessairement les mêmes conditions de quantum de peine exécuté.

Questions fréquentes

Combien de temps dure une permission de sortir ?

La durée maximale est de trois jours par permission accordée. Le juge de l'application des peines fixe la durée exacte, les horaires de départ et de retour, ainsi que les éventuelles obligations particulières, en fonction du motif invoqué et du projet présenté par la personne détenue.

Quelle part de la peine doit être exécutée pour obtenir une permission de sortir ?

Le seuil dépend de la durée totale de la peine. Au-delà de cinq ans d'emprisonnement, la moitié de la peine doit en principe être exécutée. Ce seuil de cinq ans s'apprécie, selon la Cour de cassation, au regard de la durée cumulée de l'ensemble des peines portées à l'écrou lorsque la personne exécute plusieurs condamnations.

Comment contester le refus d'une permission de sortir ?

Le refus opposé par le juge de l'application des peines peut faire l'objet d'un appel porté devant le président de la chambre de l'application des peines de la cour d'appel, qui statue par ordonnance motivée. Ce recours doit être exercé rapidement, car un appel examiné après la date pour laquelle la sortie était sollicitée devient sans objet.

La permission de sortir est-elle un droit automatique ?

Non. C'est une mesure laissée à l'appréciation du juge de l'application des peines, qui tient compte du comportement en détention, de la nature des faits jugés, des garanties du projet présenté et du risque de fuite ou de récidive, après avis de la commission de l'application des peines.

Que risque-t-on en cas de non-retour après une permission de sortir ?

Le non-respect des horaires ou l'absence de retour à l'issue du délai accordé expose à des poursuites pour évasion et compromet fortement toute demande ultérieure d'aménagement de peine, la permission de sortir servant souvent d'étape probatoire avant une libération conditionnelle ou une semi-liberté.

Quelle différence entre une permission de sortir et une sortie sous escorte ?

La permission de sortir laisse la personne détenue se déplacer seule, sous le contrôle des obligations fixées par le juge. La sortie sous escorte reste placée sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire et répond à des motifs impérieux, sans exiger nécessairement les mêmes conditions de quantum de peine exécutée.

Sources