Mandats du juge : recherche, amener, arrêt et dépôt

Catégorie : Droit pénal

Par Maître Ibrahim Shalabi — publié le

Les mandats du juge d'instruction et du JLD permettent de rechercher, amener ou détenir une personne. Conditions, exécution et droits expliqués clairement.

Mandats du juge : recherche, amener, arrêt et dépôt

Vous venez d'apprendre qu'un mandat a été délivré contre vous par un juge d'instruction et vous cherchez à comprendre ce que cela implique concrètement ? Un proche a été arrêté en vertu d'un mandat d'arrêt et vous vous demandez ce qui va se passer ? Vous avez reçu une convocation par mandat de comparution et vous voulez savoir si vous pouvez refuser de vous présenter ?

Les mandats du juge sont des actes de procédure par lesquels un magistrat ordonne à la force publique de rechercher, de conduire ou de détenir une personne dans le cadre d'une procédure pénale. Régis par les articles 122 à 136 du Code de procédure pénale, ils ont fait l'objet d'une refonte par la loi du 9 mars 2004 qui en a précisé les conditions et les effets.

Il existe cinq types de mandats : mandat de recherche, de comparution, d'amener, d'arrêt et de dépôt. Chacun obéit à un régime distinct et entraîne des conséquences différentes pour la personne concernée. Du simple ordre de se présenter à la convocation forcée par les forces de l'ordre, en passant par la détention provisoire, ces mandats forment l'éventail des mesures coercitives à la disposition de la justice. Cet article fait le point complet sur chaque mandat, sa procédure et les droits des personnes concernées.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis juridique adapté à votre situation.


Les cinq mandats du droit pénal français

La hiérarchie des mandats

L'article 122 du Code de procédure pénale énumère les cinq types de mandats que peut décerner un magistrat. Ils sont classés du moins au plus coercitif :

  1. Le mandat de recherche : ordre de rechercher et de placer en garde à vue

  2. Le mandat de comparution : mise en demeure de se présenter

  3. Le mandat d'amener : ordre de conduire immédiatement devant le juge

  4. Le mandat d'arrêt : ordre de rechercher et conduire devant le juge avec possibilité de détention

  5. Le mandat de dépôt : ordre de placer en détention provisoire

Cette hiérarchie reflète l'intensité de la contrainte exercée sur la personne. Le juge doit choisir le mandat proportionné à la situation, conformément au principe de nécessité strict de toute mesure restrictive de liberté.

À retenir : Les mandats sont des actes administratifs et judiciaires, pas des peines. Ils ne préjugent pas de la culpabilité. La personne concernée reste présumée innocente.

Le cadre légal

Les mandats sont régis par :

  • L'article 122 du Code de procédure pénale : énumération et définitions

  • L'article 123 : mentions obligatoires

  • L'article 124 : caractère exécutoire sur tout le territoire

  • Les articles 125 à 136 : modalités d'exécution et formalités

  • L'article 131 : conditions du mandat d'arrêt

  • L'article 133 : présentation au juge dans 24 heures

  • L'article 134 : sanctions du non-respect

Ces dispositions ont été significativement refondues par la loi du 9 mars 2004 dite « Perben II », pour harmoniser et clarifier les régimes.

Les magistrats compétents

Trois types de magistrats peuvent décerner des mandats :

Le juge d'instruction :

  • Mandats de recherche, comparution, amener et arrêt

  • Dans le cadre d'une information judiciaire en cours

Le juge des libertés et de la détention (JLD) :

  • Mandat de dépôt uniquement

  • Après une ordonnance de placement en détention provisoire

Le procureur de la République :

  • Mandat de recherche uniquement

  • En enquête préliminaire ou en enquête de flagrance

Le juge de l'application des peines (JAP) :

  • Mandat d'arrêt dans certains cas spécifiques

  • Article 712-17 CPP, pour les condamnés en fuite ou résidant à l'étranger

Le mandat européen d'arrêt

Au-delà des mandats nationaux, un mandat d'arrêt européen (MAE) peut être délivré dans le cadre de la coopération judiciaire au sein de l'Union européenne. Régi par les articles 695-11 à 695-51 du Code de procédure pénale, il permet :

  • La diffusion internationale d'un mandat d'arrêt

  • L'arrestation de la personne dans tout pays de l'UE

  • La remise rapide aux autorités françaises (10 à 90 jours)

Cette procédure repose sur la décision-cadre 2002/584/JAI et facilite considérablement les poursuites transfrontalières.


Le mandat de recherche

Définition et finalité

Le mandat de recherche est défini par l'article 122 alinéa 2 du Code de procédure pénale comme « l'ordre donné à la force publique de rechercher la personne à l'encontre de laquelle il est décerné et de la placer en garde à vue ».

C'est le mandat le moins formel. Il vise à localiser une personne suspectée et à la placer immédiatement sous le contrôle des enquêteurs pour la durée de la garde à vue.

Les conditions du mandat de recherche

Le mandat de recherche peut être décerné contre toute personne :

  • À l'encontre de laquelle il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu'elle a commis ou tenté de commettre une infraction

  • Qui n'a pas déjà fait l'objet d'un réquisitoire nominatif

  • Qui n'est pas déjà témoin assisté

  • Qui n'est pas déjà mise en examen

Cette dernière condition vise à éviter le « contournement » des règles protectrices applicables aux personnes déjà mises en cause dans la procédure.

Le seul mandat que le procureur peut délivrer

Le mandat de recherche présente une particularité : c'est le seul mandat que peut décerner le procureur de la République dans le cadre d'une enquête préliminaire ou d'une enquête de flagrance. Cette possibilité a été créée par la loi du 9 mars 2004.

Le juge d'instruction conserve également ce pouvoir lorsqu'une information judiciaire est ouverte.

Les effets du mandat de recherche

Une fois la personne localisée :

  • Elle est interpellée par les forces de l'ordre

  • Elle est placée en garde à vue pour la durée légale (24h renouvelable)

  • Elle est entendue sur les faits

  • À l'issue de la garde à vue, elle peut être présentée au juge ou libérée

Le mandat de recherche est généralement utilisé pour les personnes en fuite ou difficiles à localiser, à un stade encore préliminaire de la procédure.


Le mandat de comparution

Définition et finalité

Le mandat de comparution est défini par l'article 122 alinéa 4 du Code de procédure pénale comme l'acte ayant « pour objet de mettre en demeure la personne à l'encontre de laquelle il est décerné de se présenter devant le juge à la date et à l'heure indiquées par ce mandat ».

C'est un mandat non coercitif en lui-même : la personne n'est pas contrainte physiquement à se présenter, mais elle est mise en demeure de le faire.

Les conditions du mandat de comparution

Le mandat de comparution peut être décerné contre :

  • Toute personne contre laquelle existent des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'elle ait participé à l'infraction

  • Y compris une personne déjà témoin assisté ou mise en examen

Cette condition d'indices graves ou concordants distingue le mandat de comparution du mandat de recherche (raisons plausibles). C'est un seuil de soupçon plus élevé.

Le caractère non coercitif

Contrairement aux autres mandats, le mandat de comparution :

  • N'autorise pas la force publique à conduire la personne par la force

  • Ne permet pas une garde à vue immédiate

  • Repose sur le respect volontaire de la convocation

  • Mais son irrespect entraîne des conséquences graves

C'est en quelque sorte un dernier avertissement avant l'usage de la force.

Les conséquences du non-respect

Si la personne convoquée ne se présente pas à la date et à l'heure indiquées :

  • Le juge peut décerner un mandat d'amener

  • Voire un mandat d'arrêt selon la gravité

  • La personne peut être inscrite au fichier des personnes recherchées

  • Cette non-comparution peut être prise en compte défavorablement

Il est donc fortement recommandé de se présenter à un mandat de comparution, en se faisant assister d'un avocat.

Préparer une comparution

Si vous recevez un mandat de comparution, plusieurs étapes sont essentielles :

  • Contacter immédiatement un avocat

  • Vérifier la régularité du mandat (mentions obligatoires)

  • Préparer la stratégie d'audition

  • Rassembler les pièces utiles

  • Se présenter à la date indiquée, avec l'avocat

La présence physique et l'assistance d'un avocat sont les meilleures protections.


Le mandat d'amener

Définition et finalité

Le mandat d'amener est défini par l'article 122 alinéa 5 du Code de procédure pénale comme « l'ordre donné à la force publique de conduire immédiatement devant lui la personne à l'encontre de laquelle il est décerné ».

C'est un mandat coercitif : la personne peut être contrainte par les forces de l'ordre à se présenter immédiatement devant le juge d'instruction.

Les conditions du mandat d'amener

Le mandat d'amener peut être décerné contre :

  • Toute personne contre laquelle existent des indices graves ou concordants

  • Y compris un témoin assisté ou un mis en examen

Comme pour le mandat de comparution, les conditions d'indices sont identiques. La différence porte sur l'aspect coercitif.

Les cas de recours au mandat d'amener

Le mandat d'amener est typiquement utilisé dans plusieurs situations :

  • Non-réponse à un précédent mandat de comparution

  • Risque de fuite ou de soustraction à la justice

  • Risque de pression sur les témoins ou la victime

  • Personnes éloignées géographiquement

  • Transfèrement depuis un lieu de garde à vue

Le juge apprécie souverainement la nécessité du mandat d'amener.

Le déroulement de l'exécution

L'exécution d'un mandat d'amener suit plusieurs étapes :

  1. Interpellation par les forces de l'ordre au domicile, au travail ou tout autre lieu

  2. Conduite immédiate devant le juge d'instruction

  3. Présentation dans les meilleurs délais (généralement quelques heures)

  4. Audition comme témoin assisté par défaut (article 80-1-1 CPP)

  5. Décision sur la suite (mise en examen, libération, mandat plus coercitif)

La personne n'est pas placée en garde à vue pour les faits ayant donné lieu au mandat (article 122 al. 3 CPP).

Les droits de la personne amenée

La personne conduite par mandat d'amener bénéficie de droits importants :

  • Droit à un avocat dès la présentation au juge

  • Droit au silence

  • Droit à un interprète

  • Droit d'être informée des faits reprochés

  • Statut de témoin assisté par défaut

  • Possibilité de mise en examen avec ses garanties

L'absence d'avocat peut entraîner la nullité de l'audition.


Le mandat d'arrêt

Définition et finalité

Le mandat d'arrêt est défini par l'article 122 alinéa 6 du Code de procédure pénale comme « l'ordre donné à la force publique de rechercher la personne à l'encontre de laquelle il est décerné et de la conduire devant lui après l'avoir, le cas échéant, conduite à la maison d'arrêt indiquée sur le mandat, où elle sera reçue et détenue ».

C'est le mandat le plus coercitif émis par le juge d'instruction. Il combine la recherche de la personne et son placement immédiat en détention le temps de la présentation au juge.

Les conditions du mandat d'arrêt

L'article 131 du Code de procédure pénale fixe des conditions strictes pour le mandat d'arrêt :

  • Existence d'indices graves ou concordants contre la personne

  • La personne est en fuite ou réside hors du territoire de la République

  • La peine encourue est au moins une peine d'emprisonnement correctionnel

Ces trois conditions sont cumulatives. Le mandat d'arrêt vise spécifiquement les personnes qui se soustraient à la justice française ou ne sont pas immédiatement disponibles.

Le déroulement de l'exécution

L'exécution d'un mandat d'arrêt suit plusieurs étapes :

  1. Inscription au fichier des personnes recherchées (FPR)

  2. Recherche active par les forces de l'ordre

  3. Interpellation lors d'un contrôle ou à un domicile connu

  4. Placement en maison d'arrêt si nécessaire (article 132 CPP)

  5. Transfèrement vers le juge mandant

  6. Présentation dans les 24 heures (article 133 CPP)

  7. Décision sur la suite (mise en examen, détention provisoire, etc.)

La personne arrêtée doit être présentée dans un délai de 24 heures au juge d'instruction ou, à défaut, au président du tribunal.

La présentation au juge dans les 24 heures

L'article 133 alinéa 1 du Code de procédure pénale impose une présentation au juge dans 24 heures maximum après l'arrestation. Cette présentation permet de :

  • Vérifier l'identité de la personne arrêtée

  • L'informer des faits reprochés

  • Lui notifier ses droits

  • Procéder à un premier interrogatoire

  • Statuer sur son placement éventuel en détention provisoire

L'absence de présentation dans les délais peut entraîner la nullité de la procédure.

La diffusion internationale

Lorsque la personne réside ou se trouve à l'étranger, le mandat d'arrêt peut être :

  • Inscrit au système d'information Schengen (SIS) pour l'Europe

  • Transmis à Interpol pour une diffusion mondiale

  • Converti en mandat d'arrêt européen (MAE) pour les pays de l'UE

Le MAE simplifie considérablement la procédure de remise au sein de l'UE.

L'exécution dans l'Union européenne

Le mandat d'arrêt européen (MAE) est régi par les articles 695-11 à 695-51 du CPP. Sa procédure est :

  • Émission par une autorité judiciaire française

  • Transmission à l'autorité judiciaire de l'État d'exécution

  • Interpellation de la personne dans cet État

  • Audition par la justice locale

  • Décision de remise dans 60 à 90 jours

  • Transfèrement vers la France

Le MAE a considérablement raccourci les délais d'extradition au sein de l'UE.


Le mandat de dépôt

Définition et finalité

Le mandat de dépôt est défini par l'article 122 alinéa 8 du Code de procédure pénale comme l'ordre donné au chef d'établissement pénitentiaire de recevoir et de détenir la personne à l'encontre de laquelle il est décerné.

C'est le mandat qui exécute une décision de placement en détention provisoire. Il marque le passage de la procédure judiciaire à l'incarcération effective.

Les conditions du mandat de dépôt

Le mandat de dépôt ne peut être décerné que contre :

  • Une personne mise en examen

  • Ayant fait l'objet d'une ordonnance de placement en détention provisoire

Ces deux conditions sont cumulatives. Le mandat de dépôt n'est pas autonome : il dépend d'une décision préalable de placement en détention.

L'autorité compétente

Seul le juge des libertés et de la détention (JLD) peut décerner un mandat de dépôt. Cette compétence exclusive a été instaurée pour séparer :

  • Le juge d'instruction (en charge de l'enquête)

  • Le JLD (en charge des mesures restrictives de liberté)

Cette séparation des fonctions garantit l'impartialité et l'indépendance de la décision de détention provisoire.

Le mandat de dépôt criminel

L'article 211-1 du Code de procédure pénale prévoit un régime spécifique de mandat de dépôt criminel :

  • Pour les crimes uniquement

  • Décerné par le JLD ou la chambre de l'instruction

  • D'une durée initiale de 1 an renouvelable

  • Sous le contrôle régulier de la chambre de l'instruction

Le mandat de dépôt criminel permet une détention provisoire plus longue mais avec un contrôle juridictionnel renforcé.

La levée du mandat de dépôt

Le mandat de dépôt prend fin dans plusieurs cas :

  • Mise en liberté ordonnée par le juge d'instruction ou le JLD

  • Substitution par une ARSE ou un contrôle judiciaire

  • Non-lieu prononcé en fin d'instruction

  • Jugement définitif de l'affaire

  • Évasion (qui est sanctionnée pénalement)

Pour comprendre l'ARSE qui peut remplacer la détention provisoire, consultez notre article sur l'assignation à résidence avec surveillance électronique.


Les mentions obligatoires et la procédure

Les mentions communes à tous les mandats

L'article 123 du Code de procédure pénale impose des mentions communes à tous les mandats :

  • Identité précise de la personne visée

  • Date et signature du juge mandant

  • Sceau du tribunal

  • Numéro d'identification du mandat

L'omission de ces mentions peut entraîner la nullité du mandat.

Les mentions spécifiques

Pour les mandats d'amener, d'arrêt, de dépôt et de recherche, l'article 123 alinéa 2 ajoute des mentions :

  • Nature des faits imputés

  • Qualification juridique des faits

  • Articles de loi applicables

  • Éventuelles circonstances aggravantes

Ces mentions permettent à la personne arrêtée de comprendre immédiatement ce qui lui est reproché.

Le caractère exécutoire

L'article 124 du Code de procédure pénale prévoit que les mandats sont exécutoires dans toute l'étendue du territoire de la République. Cela signifie :

  • Validité sur tout le territoire métropolitain

  • Validité dans les territoires d'outre-mer

  • Exécution par toute force publique rencontrant la personne

  • Possibilité d'exécution dans n'importe quel département

Cette portée nationale est essentielle pour l'efficacité de la procédure.

L'inscription au fichier des personnes recherchées

Les mandats d'arrêt, de comparution non exécutés et de recherche sont inscrits au fichier des personnes recherchées (FPR). Cette inscription permet :

  • L'identification de la personne lors de tout contrôle

  • La diffusion nationale auprès des forces de l'ordre

  • L'alerte en cas d'utilisation de documents (passeport, carte vitale)

  • L'arrestation lors d'un passage frontalier

Le FPR est consulté systématiquement lors des contrôles d'identité.

Le sort des nullités

L'article 135 du Code de procédure pénale prévoit que l'inobservation des formalités prescrites peut entraîner la nullité du mandat. Cette nullité peut être invoquée :

  • Par l'avocat de la personne visée

  • À tout moment de la procédure

  • Devant le juge d'instruction (annulation par le juge)

  • Devant la chambre de l'instruction sur appel

  • Devant la juridiction de jugement

La nullité du mandat peut entraîner l'annulation des actes qui en découlent.


Les conséquences pratiques

Le statut de la personne après exécution

Selon l'article 80-1-1 du Code de procédure pénale, les personnes contre lesquelles a été décerné un mandat de comparution, d'amener ou d'arrêt doivent être entendues comme témoins assistés, sauf à les mettre en examen conformément à l'article 116 CPP.

Ce statut de témoin assisté offre des droits importants :

  • Assistance d'un avocat

  • Accès au dossier par l'avocat

  • Droit au silence

  • Possibilité de demander des actes

  • Notification des faits et de leur qualification

La mise en examen est possible mais doit être motivée. Pour comprendre cette procédure, consultez notre article sur la mise en examen.

L'absence de garde à vue pour les faits du mandat

L'article 122 alinéa 3 du Code de procédure pénale est explicite : « Ces personnes ne peuvent pas être mises en garde à vue pour les faits ayant donné lieu à la délivrance du mandat. »

Cette règle protège la personne en garantissant qu'elle ne peut pas être soumise à une nouvelle mesure de contrainte (garde à vue) pour des faits déjà couverts par un mandat. Toutefois, une garde à vue peut être ordonnée pour d'autres faits non visés par le mandat.

Les sanctions du non-respect

Si une personne se soustrait à un mandat ou s'évade après son exécution :

  • L'évasion constitue un délit autonome (article 434-29 du Code pénal)

  • Punie de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende

  • Peut entraîner l'aggravation de la peine principale

  • L'inscription au FPR est confirmée

  • La diffusion internationale peut être déclenchée

Le non-respect d'un mandat aggrave considérablement la situation pénale.

L'impact sur la procédure pénale

L'exécution d'un mandat marque souvent une étape décisive de la procédure :

  • Pour le mandat de recherche : début de la garde à vue

  • Pour le mandat de comparution : interrogatoire devant le juge

  • Pour le mandat d'amener : audition immédiate

  • Pour le mandat d'arrêt : présentation et éventuelle détention

  • Pour le mandat de dépôt : incarcération en maison d'arrêt

Chaque étape ouvre des droits mais aussi des risques de coercition accrue.


Le rôle de l'avocat

Avant l'exécution du mandat

Si vous apprenez qu'un mandat a été décerné contre vous (avant son exécution), l'avocat peut :

  • Vérifier l'existence et la nature du mandat

  • Conseiller sur l'attitude à adopter

  • Préparer votre présentation volontaire au juge

  • Négocier des modalités d'audition

  • Anticiper les questions et les décisions possibles

Une présentation volontaire avec un avocat préparé est presque toujours préférable à une arrestation surprise.

Au moment de l'exécution

Lors de l'arrestation ou de la présentation au juge :

  • Demander immédiatement un avocat

  • Refuser toute audition hors la présence de votre avocat

  • Vérifier les mentions du mandat

  • Prendre note des conditions d'arrestation

  • Communiquer avec votre famille pour qu'elle prévienne l'avocat

L'absence d'avocat lors de l'audition initiale peut être un argument de nullité.

Pendant l'audition par le juge

L'avocat présent lors de l'audition :

  • Veille au respect de vos droits

  • Demande la communication du dossier

  • Pose des questions complémentaires

  • Intervient si des questions sont inappropriées

  • Plaide pour le statut de témoin assisté plutôt que la mise en examen

  • Plaide contre la détention provisoire

Une audition bien encadrée peut éviter des décisions défavorables irréversibles.

Pour contester un mandat

Plusieurs voies de contestation existent :

  • Demande d'annulation du mandat pour vice de forme (article 135 CPP)

  • Appel des décisions prises en exécution

  • Requête en nullité dans les 6 mois (article 173 CPP)

  • Pourvoi en cassation sur les questions de droit

Le Cabinet Shalabi accompagne régulièrement les personnes faisant l'objet d'un mandat, depuis la préparation de la présentation volontaire jusqu'aux recours contre les décisions de détention provisoire.


À retenir sur les mandats

L'article 122 du Code de procédure pénale prévoit 5 types de mandats

  • Le juge d'instruction décerne les mandats de recherche, comparution, amener et arrêt

  • Le JLD seul peut décerner un mandat de dépôt

  • Le procureur peut décerner un mandat de recherche en enquête préliminaire ou de flagrance

  • Tous les mandats sont exécutoires sur tout le territoire de la République

  • La personne arrêtée par mandat doit être présentée au juge dans 24 heures

  • Le statut de témoin assisté est la règle après exécution

  • L'absence de garde à vue pour les faits du mandat est garantie

  • Le non-respect d'un mandat constitue un délit d'évasion

  • L'accompagnement d'un avocat est essentiel à toutes les étapes

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis juridique adapté à votre situation.


Questions fréquentes sur les mandats

Quelle est la différence entre un mandat d'arrêt et un mandat d'amener ?

Le mandat d'amener ordonne aux forces de l'ordre de conduire immédiatement la personne devant le juge sans pouvoir la placer en détention. Le mandat d'arrêt permet en plus de placer la personne en maison d'arrêt en attendant sa présentation au juge. Le mandat d'arrêt est réservé aux personnes en fuite ou hors du territoire.

Peut-on refuser de répondre à un mandat de comparution ?

Théoriquement oui, car le mandat de comparution n'est pas coercitif. Toutefois, le refus de comparution entraîne presque systématiquement la délivrance d'un mandat d'amener ou d'arrêt. Il est donc fortement déconseillé de l'ignorer.

Que faire si on apprend qu'un mandat a été décerné contre nous ?

Contactez immédiatement un avocat. Il pourra vérifier l'existence du mandat, organiser une présentation volontaire au juge, préparer votre audition et éviter une arrestation surprise. Cette démarche proactive est presque toujours préférable à une attente passive.

Combien de temps peut-on rester en détention en vertu d'un mandat d'arrêt ?

Au maximum 24 heures. L'article 133 du CPP impose que la personne arrêtée soit présentée au juge dans les 24 heures. Au-delà, sa détention deviendrait illégale et entraînerait la nullité de la procédure. À la présentation, le juge peut décider d'une mise en détention provisoire qui obéit à ses propres règles.

Le mandat de dépôt est-il automatique en cas de mise en examen ?

Non. Le mandat de dépôt n'est décerné que si le JLD ordonne expressément un placement en détention provisoire. La mise en examen n'entraîne pas automatiquement la détention. La détention provisoire reste une mesure exceptionnelle. Pour comprendre la mise en examen, consultez notre article dédié.

Un mandat français est-il valable à l'étranger ?

Pas en lui-même. Pour être exécuté à l'étranger, un mandat français doit être converti en mandat d'arrêt européen (dans l'UE) ou diffusé via Interpol (mondialement). Cette procédure peut prendre plusieurs jours à plusieurs semaines selon les pays et les conventions applicables.

Peut-on contester un mandat ?

Oui. Le mandat peut être contesté pour vice de forme, défaut de motivation, irrégularité de la procédure ou absence des conditions légales. La nullité est soulevée par l'avocat soit immédiatement, soit dans les 6 mois suivant la mise en examen (article 173 CPP). La nullité du mandat peut entraîner l'annulation des actes qui en découlent.

Mon employeur peut-il savoir qu'un mandat a été décerné contre moi ?

En principe non. Les mandats relèvent du secret de l'instruction et ne sont pas publics. Toutefois, en cas d'arrestation sur le lieu de travail ou de diffusion publique, l'employeur peut être indirectement informé. L'inscription au fichier des personnes recherchées peut également être révélée lors d'un contrôle.

Combien de temps reste-t-on inscrit au fichier des personnes recherchées ?

L'inscription au FPR dure tant que le mandat est exécutoire, c'est-à-dire tant qu'il n'a pas été exécuté ou annulé. En cas d'exécution du mandat, l'inscription est levée. En cas de classement de l'affaire ou de non-lieu, l'inscription est également supprimée.

Quelle est la différence entre un mandat de recherche et un mandat d'amener ?

Le mandat de recherche vise à rechercher et placer la personne en garde à vue. Il peut être délivré par le juge d'instruction ou le procureur. Le mandat d'amener ordonne de conduire la personne immédiatement devant le juge d'instruction, sans garde à vue préalable. Le mandat d'amener est plus rapide mais ne permet pas l'enquête approfondie de la garde à vue.

Pour toute question sur un mandat dont vous faites l'objet ou pour organiser une présentation volontaire au juge, prenez rendez-vous avec un avocat pénaliste pour une analyse personnalisée de votre situation.