Escroquerie : définition, peines et défense
Catégorie : Droit pénal
Par Maître Ibrahim Shalabi — publié le
L'escroquerie est punie de cinq ans de prison et 375 000 euros d'amende. Découvrez sa définition les éléments constitutifs les peines aggravées et la défense.
Vous êtes poursuivi pour escroquerie et vous vous demandez si les faits reprochés correspondent vraiment à cette infraction ? Vous êtes victime d'une tromperie qui vous a fait remettre de l'argent et vous cherchez à porter plainte ? Vous voulez comprendre la différence entre escroquerie, vol et abus de confiance ?
L'escroquerie est définie par l'article 313-1 du Code pénal et punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. C'est le fait de tromper une personne, par un moyen frauduleux, pour la déterminer à remettre un bien, des fonds ou un service, à son préjudice.
Cet article fait le point complet : la définition, les éléments constitutifs, les peines, la tentative et la complicité, les formes courantes, les distinctions avec les infractions voisines, la prescription et la défense.
Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis juridique adapté à votre situation.
Qu'est-ce que l'escroquerie ?
La définition légale
Selon l'article 313-1 du Code pénal, l'escroquerie est le fait de tromper une personne physique ou morale, par un moyen frauduleux, et de la déterminer ainsi à remettre des fonds, des valeurs ou un bien, à fournir un service ou à consentir un acte.
Une tromperie déterminante
L'escroquerie suppose que la victime ait consenti à la remise, mais sous l'emprise de la tromperie. C'est cette manipulation du consentement qui caractérise l'infraction.
La distinction avec le mensonge
Un simple mensonge ne suffit pas. L'escroquerie suppose des moyens frauduleux plus élaborés, qui donnent force et crédit au mensonge, comme une mise en scène ou l'intervention d'un tiers.
Un délit intentionnel
L'escroquerie est un délit intentionnel : l'auteur doit avoir agi volontairement, en ayant conscience de tromper la victime pour obtenir la remise.
Les personnes concernées
L'escroquerie concerne aussi bien la personne mise en cause, qui doit organiser sa défense, que la victime, qui cherche à obtenir réparation de son préjudice.
L'enjeu de la qualification
La qualification précise des faits est déterminante : selon les éléments, la situation peut relever de l'escroquerie ou d'une autre infraction, avec des conséquences différentes.
Les éléments constitutifs
Le moyen frauduleux
L'escroquerie suppose l'emploi d'un moyen frauduleux parmi ceux limitativement prévus par la loi : l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, l'abus d'une qualité vraie, ou des manœuvres frauduleuses.
Le faux nom ou la fausse qualité
L'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité consiste à se présenter sous une identité ou une fonction que l'on n'a pas, par exemple se faire passer pour un banquier ou un fonctionnaire.
L'abus d'une qualité vraie
L'abus d'une qualité vraie consiste à utiliser une fonction réelle pour tromper la victime, par exemple un professionnel qui détourne sa qualité authentique pour faire croire à l'obtention d'un bien ou d'un service.
Les manœuvres frauduleuses
Les manœuvres frauduleuses supposent davantage qu'un mensonge : un fait extérieur, une mise en scène ou l'intervention d'un tiers, comme la production de faux documents, de fausses factures ou la simulation d'une entreprise. Pour ce point, consultez notre article sur le faux et usage de faux.
La remise
La tromperie doit avoir déterminé une remise : des fonds, des valeurs, un bien, un service ou un acte opérant obligation ou décharge. C'est le résultat recherché par l'auteur.
Le préjudice
L'escroquerie suppose un préjudice, qui peut être patrimonial ou moral, et qui peut affecter la victime elle-même ou un tiers.
L'intention frauduleuse
Enfin, l'escroquerie exige une intention frauduleuse : la volonté de tromper pour obtenir la remise. Les juges l'apprécient au regard des circonstances et de la bonne ou mauvaise foi de l'auteur.
Les peines encourues

La peine principale
L'escroquerie est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende, ce qui en fait un délit grave relevant du tribunal correctionnel.
Les peines complémentaires
Le tribunal peut prononcer des peines complémentaires : interdiction des droits civiques, interdiction d'exercer une activité professionnelle, confiscation, affichage de la décision, selon les cas.
L'escroquerie aggravée
Dans certaines circonstances, l'escroquerie est aggravée et les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et 750 000 euros d'amende, notamment lorsqu'elle est commise par une personne dépositaire de l'autorité publique ou en prenant indûment une telle qualité, par appel au public, au préjudice d'une personne vulnérable, ou au préjudice d'une personne publique ou d'un organisme de protection sociale.
La bande organisée
Lorsqu'elle est commise en bande organisée, l'escroquerie est punie de dix ans d'emprisonnement et 1 000 000 euros d'amende.
L'inscription au casier judiciaire
Une condamnation pour escroquerie peut être inscrite au casier judiciaire, avec des conséquences professionnelles importantes. Pour comprendre les bulletins du casier, consultez notre article sur le casier judiciaire B1 B2 B3.
La tentative et la complicité
La tentative d'escroquerie
La tentative d'escroquerie est punie des mêmes peines que l'infraction consommée. Elle suppose un commencement d'exécution, même si la remise n'a finalement pas eu lieu.
Le commencement d'exécution
Le commencement d'exécution se distingue des simples actes préparatoires. Il s'agit d'un acte tendant directement à tromper la victime pour la déterminer à la remise.
La complicité
La complicité d'escroquerie est également réprimée. La personne qui, sciemment, aide à préparer ou à commettre l'infraction peut être poursuivie. Pour ce point, consultez notre article sur la complicité en droit pénal.
Les mêmes peines
Le complice encourt en principe les mêmes peines que l'auteur principal, dès lors que sa participation active et consciente est établie.
L'enjeu pour la défense
La distinction entre acte préparatoire et commencement d'exécution, ou entre auteur et complice, constitue un enjeu majeur de la défense, susceptible de modifier la qualification et les peines.
Les formes courantes d'escroquerie
Les escroqueries en ligne
Les escroqueries en ligne sont très répandues : faux sites marchands, fraude à la livraison, arnaques sentimentales, faux supports techniques. Elles peuvent être signalées via des téléservices dédiés.
Les fausses factures et fraudes aux aides
L'émission de fausses factures ou de fausses déclarations pour obtenir frauduleusement des aides publiques ou des crédits constitue une forme fréquente d'escroquerie, parfois cumulée avec le faux.
Les faux ordres de virement
Les faux ordres de virement, par lesquels un escroc usurpe l'identité d'un dirigeant ou d'un fournisseur pour obtenir un paiement, touchent particulièrement les entreprises.
L'escroquerie au jugement
L'escroquerie au jugement est une forme construite par la jurisprudence : elle consiste à tromper un juge, par des manœuvres comme de fausses attestations ou de faux documents, pour obtenir une décision favorable.
Les arnaques sentimentales
Les arnaques sentimentales consistent à nouer une relation fictive pour obtenir des remises d'argent répétées, en exploitant la confiance et les sentiments de la victime.
La distinction avec les infractions voisines
L'escroquerie et le vol
Le vol est une soustraction frauduleuse, sans le consentement de la victime. L'escroquerie, au contraire, suppose une remise consentie, mais obtenue par la tromperie.
L'escroquerie et l'abus de confiance
L'abus de confiance suppose le détournement d'un bien qui a été remis volontairement et licitement, alors que l'escroquerie suppose une tromperie à l'origine même de la remise. Pour ce point, consultez notre article sur l'abus de confiance.
L'escroquerie et l'extorsion
L'extorsion repose sur la violence, la menace ou la contrainte, tandis que l'escroquerie repose sur la ruse. Pour ce point, consultez notre article sur l'extorsion.
L'escroquerie et le faux
Le faux suppose l'altération de la vérité dans un document. Il peut accompagner une escroquerie, lorsque le faux document constitue la manœuvre frauduleuse, les deux infractions pouvant alors se cumuler.
L'importance de la qualification
Ces distinctions ne sont pas théoriques : la qualification retenue détermine les peines encourues, la juridiction compétente et la stratégie de défense.
La prescription
Le délai de six ans
L'action publique pour escroquerie se prescrit en principe par six ans, conformément au délai de droit commun applicable aux délits.
Le point de départ
Le point de départ du délai est en principe le jour de la commission de l'infraction, mais il peut être reporté dans certaines situations.
La dissimulation
En cas de dissimulation, le délai peut courir à compter du jour où l'infraction est apparue et a pu être constatée, ce qui retarde la prescription.
Les versements échelonnés
Lorsque l'escroquerie s'est traduite par des versements échelonnés, le délai peut commencer à courir à compter du dernier versement.
L'enjeu
La prescription est un moyen de défense important : si l'action est prescrite, les poursuites ne sont plus possibles, même si les faits sont établis.
Se défendre face à une accusation d'escroquerie
Contester le moyen frauduleux
La défense peut contester l'existence d'un moyen frauduleux, en démontrant qu'il ne s'agissait que d'un simple mensonge, insuffisant à caractériser l'escroquerie.
Contester l'intention
Elle peut aussi contester l'intention frauduleuse, élément indispensable du délit, en établissant la bonne foi de la personne mise en cause.
Contester le préjudice
La défense peut discuter l'existence d'un préjudice ou le lien entre la tromperie et la remise, qui doit avoir été déterminée par la manœuvre.
Soulever la prescription
Selon les dates, la défense peut soulever la prescription de l'action publique, qui fait obstacle aux poursuites.
La régularité de la procédure
Enfin, la défense peut contester la régularité de la procédure : conditions de la garde à vue, des auditions, des perquisitions, et licéité des preuves.
Le rôle de l'avocat

Pour la personne mise en cause
L'avocat analyse les éléments du dossier, vérifie si les conditions de l'escroquerie sont réunies et construit la défense la plus adaptée.
Pour la victime
Pour la victime, l'avocat aide à qualifier les faits, à porter plainte et à rassembler les preuves utiles. Pour la procédure de plainte, consultez notre article sur la plainte contre X.
Pour la constitution de partie civile
L'avocat accompagne la constitution de partie civile, qui permet à la victime de participer à la procédure et de demander réparation.
Pour l'indemnisation
Il chiffre le préjudice et défend les demandes d'indemnisation de la victime devant la juridiction compétente.
Pour la stratégie
À chaque étape, l'avocat définit la stratégie la plus adaptée. Le Cabinet Shalabi accompagne les personnes mises en cause comme les victimes dans les affaires d'escroquerie.
À retenir sur l'escroquerie
L'escroquerie est définie par l'article 313-1 du Code pénal
Elle consiste à tromper une personne pour la déterminer à une remise, à son préjudice
Elle suppose un moyen frauduleux, une remise, un préjudice et une intention
Le simple mensonge ne suffit pas à caractériser l'infraction
Elle est punie de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende
Les peines sont aggravées dans certaines circonstances et en bande organisée
La tentative et la complicité sont punies des mêmes peines
L'escroquerie se distingue du vol, de l'abus de confiance et de l'extorsion
L'action publique se prescrit en principe par six ans
L'accompagnement d'un avocat est essentiel pour l'auteur comme pour la victime
Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis juridique adapté à votre situation.
Questions fréquentes sur l'escroquerie
Qu'est-ce que l'escroquerie ?
L'escroquerie est définie par l'article 313-1 du Code pénal. C'est le fait de tromper une personne, par l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, l'abus d'une qualité vraie ou des manœuvres frauduleuses, pour la déterminer à remettre des fonds, des valeurs, un bien, un service ou un acte, à son préjudice ou au préjudice d'un tiers. C'est un délit intentionnel.
Quelle est la différence entre escroquerie et vol ?
Le vol est une soustraction frauduleuse d'un bien, sans le consentement de la victime. L'escroquerie, au contraire, suppose une remise consentie par la victime, mais obtenue par la tromperie. Dans le vol, l'auteur prend ; dans l'escroquerie, la victime donne, mais sous l'effet d'une manipulation. Cette distinction est essentielle car elle détermine la qualification et les peines.
Un simple mensonge suffit-il pour caractériser une escroquerie ?
Non. Un simple mensonge, même écrit, ne suffit pas à lui seul. L'escroquerie suppose un moyen frauduleux plus élaboré, comme l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, l'abus d'une qualité vraie, ou des manœuvres frauduleuses. Ces dernières supposent un fait extérieur, une mise en scène ou l'intervention d'un tiers, destiné à donner force et crédit au mensonge.
Quelles sont les peines encourues ?
L'escroquerie est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. Les peines sont portées à sept ans et 750 000 euros dans certaines circonstances aggravantes, par exemple lorsqu'elle est commise par une personne dépositaire de l'autorité publique, par appel au public ou au préjudice d'une personne vulnérable. En bande organisée, les peines atteignent dix ans et 1 000 000 euros.
La tentative d'escroquerie est-elle punissable ?
Oui. La tentative d'escroquerie est punie des mêmes peines que l'infraction consommée. Elle suppose un commencement d'exécution, c'est-à-dire un acte tendant directement à tromper la victime, même si la remise n'a finalement pas eu lieu. La distinction entre simple acte préparatoire, non punissable, et commencement d'exécution, punissable, est souvent un enjeu central de la défense.
Quel est le délai de prescription de l'escroquerie ?
L'action publique pour escroquerie se prescrit en principe par six ans, délai de droit commun des délits. Le point de départ est en principe le jour de la commission des faits, mais il peut être reporté : en cas de dissimulation, le délai peut courir à compter de la découverte des faits, et en cas de versements échelonnés, à compter du dernier versement. La prescription peut constituer un moyen de défense.
Comment se défendre face à une accusation d'escroquerie ?
La défense peut contester l'existence d'un moyen frauduleux, en démontrant qu'il ne s'agissait que d'un simple mensonge, l'absence d'intention frauduleuse, l'absence de préjudice ou de lien entre la tromperie et la remise. Elle peut aussi soulever la prescription ou l'irrégularité de la procédure. Chaque dossier étant unique, l'analyse par un avocat permet d'identifier les moyens les plus pertinents.
Je suis victime d'une escroquerie, que faire ?
Il faut rassembler toutes les preuves (échanges, documents, traces de paiement) et porter plainte au commissariat, à la gendarmerie ou auprès du procureur. Pour les escroqueries en ligne et les fraudes à la carte bancaire, des téléservices dédiés permettent un signalement. La constitution de partie civile permet de participer à la procédure et de demander réparation. Un avocat peut sécuriser ces démarches.
Pour toute question sur une accusation d'escroquerie ou pour défendre vos droits de victime, prenez rendez-vous avec un avocat pénaliste pour une analyse personnalisée de votre situation.