Accident de sport : qui indemnise le blessé et sur quel fondement ?

Catégorie : Dommage corporel

Par Maître Shalabi — publié le

Accident de sport : la victime d'une chose n'a pas accepté les risques, la loi de 2012 ne vise que le matériel. Fondements, preuves, assurance et délai.

Terrain de sport désert au crépuscule, un ballon immobile près de la ligne et un but en arrière-plan

L'essentiel

  • La victime blessée par la chose d'un autre pratiquant peut invoquer la responsabilité de son gardien sans que lui soit opposée son acceptation des risques (Cass. 2e civ., 4 novembre 2010, n° 09-65.947, publié).
  • L'article L. 321-3-1 du code du sport n'exonère les pratiquants que des dommages matériels causés par leur chose à un autre pratiquant ; il ne vise pas les dommages corporels.
  • La responsabilité d'une association sportive pour le geste d'un joueur suppose une faute caractérisée par une violation des règles du jeu (Cass. ass. plén., 29 juin 2007, n° 06-18.141).
  • Les clubs et fédérations doivent s'assurer en responsabilité civile, et les licenciés sont considérés comme des tiers entre eux (article L. 321-1 du code du sport).
  • L'action en responsabilité pour un dommage corporel se prescrit par dix ans à compter de la consolidation (article 2226 du code civil).

Un accident de sport ouvre droit à indemnisation lorsque la blessure est imputable à un tiers, joueur, club, organisateur ou gardien d'une chose, selon le fondement que la situation commande. La Cour de cassation refuse depuis 2010 que l'acceptation des risques soit opposée à la victime d'une chose, et la loi de 2012 n'a écarté cette responsabilité que pour les dommages matériels : le blessé conserve donc des armes que beaucoup ignorent.

Accident de sport : qui peut être tenu d'indemniser le blessé ?

Après un accident de sport, plusieurs débiteurs peuvent répondre de la blessure : l'autre pratiquant qui l'a causée, le club ou l'association qui organise l'activité, l'organisateur d'une manifestation, l'exploitant d'un équipement, et les assureurs de chacun. Le choix du fondement dépend de la cause de l'accident : une chose en mouvement, une faute de jeu, un défaut d'organisation, un équipement défectueux. Lorsqu'aucun tiers n'est en cause, seule l'assurance de personnes souscrite par la victime ou par son club peut prendre le relais.

Le code du sport impose aux groupements sportifs une assurance qui facilite ce recours. Selon l'article L. 321-1 du code du sport, les associations, les sociétés et les fédérations sportives souscrivent des garanties couvrant leur responsabilité civile, celle de leurs préposés salariés ou bénévoles et celle des pratiquants, et « les licenciés et les pratiquants sont considérés comme des tiers entre eux ». Le joueur blessé par un coéquipier peut donc agir contre lui et contre l'assureur du club.

Blessé par la chose d'un autre pratiquant : l'acceptation des risques écartée

La victime blessée par une chose, un ballon, une balle, une moto, un vélo, un matériel, peut invoquer la responsabilité de son gardien sans que l'on puisse lui reprocher d'avoir accepté les risques du sport. La deuxième chambre civile l'a jugé dans un arrêt publié du 4 novembre 2010 (n° 09-65.947) : « la victime d'un dommage causé par une chose peut invoquer la responsabilité résultant de l'article 1384, alinéa 1er, du code civil, à l'encontre du gardien de la chose, instrument du dommage, sans que puisse lui être opposée son acceptation des risques ».

L'espèce est parlante. Un pilote avait été heurté par une autre motocyclette au cours d'une séance d'entraînement sur un circuit fermé ; la cour d'appel l'avait débouté au motif que la participation à cet entraînement impliquait l'acceptation des risques inhérents à une telle pratique. La Cour de cassation a censuré ces motifs comme inopérants et cassé l'arrêt dans toutes ses dispositions. Le texte s'appelle aujourd'hui article 1242 du code civil, sans changement sur ce point.

L'article L. 321-3-1 du code du sport : une exception limitée aux dommages matériels

La loi du 12 mars 2012 a réagi à cette jurisprudence, mais pour les seuls dommages matériels. L'article L. 321-3-1 du code du sport, dans sa version en vigueur depuis le 1er octobre 2016, dispose que « les pratiquants ne peuvent être tenus pour responsables des dommages matériels causés à un autre pratiquant par le fait d'une chose qu'ils ont sous leur garde », à l'occasion d'une manifestation sportive ou d'un entraînement en vue de cette manifestation, sur un lieu réservé à la pratique.

Quatre conditions bornent donc l'exception : un dommage matériel, causé par la chose d'un pratiquant à un autre pratiquant, pendant une manifestation ou son entraînement, sur un lieu réservé. Le texte ne dit rien des dommages corporels. Pour un sportif blessé, la règle de 2010 conserve ainsi toute sa portée, et l'assureur qui invoquerait l'article L. 321-3-1 contre une demande d'indemnisation de blessures en ferait une lecture que sa lettre ne permet pas.

Blessé par un autre joueur : la faute et les règles du jeu

Lorsque la blessure résulte du geste d'un joueur et non d'une chose, la responsabilité du club suppose une faute caractérisée par une violation des règles du jeu. L'assemblée plénière de la Cour de cassation l'a posé le 29 juin 2007 (n° 06-18.141, publié) : les associations sportives ayant pour mission d'organiser, de diriger et de contrôler l'activité de leurs membres « sont responsables des dommages qu'ils causent à cette occasion, dès lors qu'une faute caractérisée par une violation des règles du jeu est imputable à un ou plusieurs de leurs membres, même non identifiés ».

C'est la principale contre-argumentation que rencontre le blessé. Dans cette affaire, un joueur avait été grièvement blessé lors de l'effondrement d'une mêlée de rugby ; la cour d'appel avait retenu la responsabilité des comités organisateurs sans relever de violation des règles du jeu, et sa décision a été cassée. L'accident survenu dans le cours normal du jeu, sans faute caractérisée, n'engage donc pas le club sur ce fondement. Tout l'effort de preuve porte alors sur la règle violée : rapport de l'arbitre, feuille de match, vidéo, témoignages des joueurs et des éducateurs.

Le club ou l'organisateur : un défaut d'organisation ou de surveillance

Hors du geste d'un joueur, la responsabilité du club ou de l'organisateur peut être recherchée pour la manière dont l'activité a été préparée et encadrée : terrain impraticable, matériel inadapté, encadrement insuffisant pour des débutants ou des mineurs, consignes de sécurité absentes. La victime doit alors établir le manquement et son lien avec la blessure. Chaque discipline a ses usages et ses règlements fédéraux, que l'avocat confronte aux circonstances de l'accident ; aucune règle générale ne dispense de cette analyse.

L'assurance de personnes : l'indemnisation quand personne n'est responsable

Lorsque l'accident de sport n'a pas de responsable, chute seule, faux mouvement, blessure dans le cours normal du jeu, la victime ne peut compter que sur une assurance de personnes. L'article L. 321-4 du code du sport oblige les associations et fédérations sportives à informer leurs adhérents de l'intérêt de souscrire un contrat d'assurance de personnes couvrant les dommages corporels auxquels leur pratique peut les exposer. La garantie attachée à la licence, une garantie des accidents de la vie ou une assurance individuelle accident se lisent alors au contrat : définition de l'accident, seuil d'intervention, postes pris en charge, mode d'évaluation. Ces contrats indemnisent selon leurs propres règles, souvent moins favorables que la réparation intégrale due par un responsable.

Les premières démarches après un accident de sport

Les premières démarches après un accident de sport conditionnent la preuve de la cause et celle des séquelles. Il est prudent de faire établir sans délai un certificat médical initial décrivant les lésions, de relever les noms des témoins, joueurs, arbitres, éducateurs ou spectateurs, de demander la feuille de match et le rapport de l'arbitre lorsqu'il s'agit d'une compétition, de photographier le terrain ou l'équipement en cause et de conserver le matériel endommagé. La déclaration de sinistre se fait auprès du club et de l'assureur de la licence dans le délai prévu au contrat, et une copie de la notice d'assurance remise avec la licence doit être demandée. Ces pièces, réunies dans les premiers jours, évitent que la discussion ne se résume plus tard à la parole de la victime contre celle du club.

Quels préjudices sont indemnisés après un accident de sport ?

Lorsque la responsabilité d'un tiers est établie, la victime d'un accident de sport a droit à la réparation intégrale de son dommage corporel, décrit poste par poste selon la nomenclature Dintilhac des préjudices corporels. Pour un sportif, un poste mérite une attention particulière : l'impossibilité de reprendre la discipline pratiquée relève du préjudice d'agrément, qui se prouve par la licence, les résultats, les attestations du club et la régularité de la pratique antérieure. L'incidence professionnelle et les pertes de gains se discutent à part, en particulier pour le sportif dont l'activité est aussi un métier ou un projet professionnel.

La caisse primaire d'assurance maladie exerce son recours sur l'indemnité pour les prestations qu'elle a servies et doit être appelée à la procédure. La mutuelle et l'assureur de personnes peuvent, selon la nature de leurs prestations, disposer eux aussi d'un recours.

Expertise médicale et consolidation : le chemin de l'indemnisation

L'indemnisation passe par une expertise médicale, amiable ou judiciaire, qui fixe la date de consolidation et décrit les séquelles. La consolidation du dommage corporel, moment où l'état se stabilise, conditionne l'évaluation des préjudices permanents et fait courir la prescription. La victime gagne à être assistée d'un médecin de recours, qui discute devant l'expert l'imputabilité des lésions à l'accident, question souvent débattue lorsque le sportif présentait un antécédent sur la même articulation.

Délai pour agir après un accident de sport

L'action en responsabilité née d'un dommage corporel se prescrit par dix ans à compter de la consolidation du dommage initial ou aggravé, selon l'article 2226 du code civil. L'action contre l'assureur de personnes obéit, elle, aux délais du droit des assurances et aux stipulations du contrat, qu'il faut vérifier dès l'accident ; la déclaration de sinistre se fait sans attendre la consolidation.

Accident de sport et autres accidents de la vie courante

L'accident de sport appartient à la famille des accidents de la vie courante, avec la chute dans un lieu public ou privé, l'accident domestique et la morsure d'animal. Les régimes varient d'une situation à l'autre ; ils sont présentés ensemble sur la page consacrée à l'avocat pour un accident de la vie courante, et l'ensemble des voies de réparation sur la page dommage corporel du cabinet.

Le rôle de l'avocat après un accident de sport

L'avocat identifie le fondement adapté à la cause de l'accident, rassemble la feuille de match, le rapport de l'arbitre, les attestations et les contrats d'assurance, met en cause le responsable et son assureur, conduit l'expertise et chiffre chaque poste au vu des pièces. Il veille aussi à ce que l'argument de l'acceptation des risques, encore souvent avancé, soit écarté lorsque la jurisprudence le commande.

Le cabinet étudie votre situation et vous indique, dès le premier échange, les préjudices en jeu, la marche à suivre et la manière dont les honoraires seront fixés. Secrétariat : 01 85 61 17 00. Vous pouvez aussi écrire au cabinet par la page de contact.

Questions fréquentes

Peut-on être indemnisé après un accident de sport ?

Oui, lorsque la blessure est imputable à un tiers : le gardien d'une chose qui a heurté la victime, un joueur ayant commis une faute caractérisée par une violation des règles du jeu, ou un club qui a mal organisé ou surveillé l'activité. Sans responsable, seule une assurance de personnes, celle de la licence ou un contrat individuel, peut indemniser, selon ses propres conditions.

L'acceptation des risques empêche-t-elle d'être indemnisé d'une blessure sportive ?

Non pour la victime blessée par une chose. La Cour de cassation juge depuis le 4 novembre 2010 que l'acceptation des risques ne peut pas lui être opposée lorsqu'elle agit contre le gardien de la chose. La loi de 2012, devenue l'article L. 321-3-1 du code du sport, n'a écarté la responsabilité des pratiquants que pour les dommages matériels.

Le club est-il responsable si un joueur me blesse ?

Le club répond du dommage causé par ses membres lorsqu'une faute caractérisée par une violation des règles du jeu est imputable à un ou plusieurs d'entre eux, même non identifiés, selon l'assemblée plénière de la Cour de cassation du 29 juin 2007. Un accident survenu dans le cours normal du jeu, sans faute de ce type, n'engage pas le club sur ce fondement.

Combien de temps pour agir après un accident de sport ?

L'action en responsabilité contre le responsable et son assureur se prescrit par dix ans à compter de la consolidation du dommage, selon l'article 2226 du code civil. L'action contre l'assureur de personnes de la licence obéit aux délais du droit des assurances et du contrat : la déclaration de sinistre doit donc être faite sans attendre la consolidation.

Sources