Refus de donner le code de son téléphone : la loi

Catégorie : Droit pénal

Par Maître Ibrahim Shalabi — publié le

Refus de donner le code de son téléphone : la loi

Lors d'une garde à vue, les enquêteurs vous ont demandé le code de déverrouillage de votre téléphone et vous avez refusé ? Vous vous demandez si ce refus est légal, ou s'il peut vous valoir des poursuites supplémentaires ? Vous pensiez que le droit au silence vous protégeait aussi sur ce point ?

La question n'est pas anodine : refuser de communiquer le code de son téléphone peut constituer un délit autonome, prévu par l'article 434-15-2 du Code pénal, puni de trois ans d'emprisonnement. La Cour de cassation, réunie en assemblée plénière le 7 novembre 2022, a confirmé que le code de déverrouillage d'un téléphone peut entrer dans le champ de ce texte. Mais l'infraction n'est constituée que si des conditions précises sont réunies, ce qui ouvre d'importants moyens de défense.

Cet article fait le point complet : la définition de l'infraction, ses conditions, les peines, la jurisprudence, la question de l'auto-incrimination, ce qu'il faut faire et les moyens de défense.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis juridique adapté à votre situation.


Refuser de donner le code de son téléphone : un délit ?

Une question devenue fréquente

Avec la généralisation des smartphones et de leur chiffrement, la question du code de déverrouillage est devenue centrale dans les enquêtes pénales. Les enquêteurs demandent fréquemment ce code, et le refus est désormais poursuivi.

La réponse de principe

Refuser de communiquer le code de son téléphone peut constituer une infraction, mais pas systématiquement. Tout dépend de la réunion de conditions strictes définies par la loi et précisées par la jurisprudence.

Le cadre légal

L'infraction repose sur l'article 434-15-2 du Code pénal, qui réprime le refus de remettre ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie susceptible d'avoir servi à commettre une infraction.

La notion de convention secrète de déchiffrement

La « convention secrète de déchiffrement » est, au sens de la loi pour la confiance dans l'économie numérique du 21 juin 2004, l'élément (code, clé) permettant de déchiffrer des données protégées par un moyen de cryptologie. La Cour de cassation a jugé qu'un code de déverrouillage peut en relever.

Le chiffrement généralisé des téléphones

La plupart des smartphones modernes sont équipés d'un moyen de cryptologie chiffrant les données. C'est ce qui permet de considérer le code de déverrouillage comme une convention de déchiffrement, sous conditions.

Une infraction longtemps méconnue

Ce texte, ancien, est resté longtemps inappliqué aux personnes mises en cause. Son utilisation s'est développée récemment, avec l'essor du chiffrement, donnant lieu à une jurisprudence abondante depuis 2018.


Les conditions de l'infraction

La demande d'une autorité judiciaire

Première condition : la remise du code doit être demandée sur réquisitions des autorités judiciaires, délivrées dans le cadre prévu par le Code de procédure pénale. Une simple demande informelle ne suffit pas.

Le téléphone susceptible d'avoir servi à une infraction

Le téléphone doit être susceptible d'avoir été utilisé pour préparer, faciliter ou commettre un crime ou un délit. Si ce lien fait défaut, l'infraction n'est pas caractérisée.

Le moyen de cryptologie

Le téléphone doit être équipé d'un moyen de cryptologie. C'est le cas de la plupart des smartphones, mais ce point peut, dans certaines situations, être discuté.

La connaissance du code

La personne poursuivie doit avoir connaissance du code. On ne peut reprocher de ne pas remettre un code que l'on ne détient pas.

La réunion de toutes les conditions

L'infraction n'est constituée que si toutes ces conditions sont réunies. Il s'agit d'un délit aux contours précis, et non d'une obligation générale et inconditionnelle de livrer son code.

L'absence d'une condition

Si une seule condition fait défaut (réquisition irrégulière, absence de lien avec une infraction, absence de moyen de cryptologie, ignorance du code), le refus n'est pas punissable. C'est un terrain de défense majeur.


Les peines encourues

La peine de base

Le refus de remettre la convention secrète de déchiffrement est puni de trois ans d'emprisonnement et 270 000 euros d'amende (article 434-15-2).

La circonstance aggravante

Lorsque le refus est opposé alors que la remise ou la mise en œuvre de la convention aurait permis d'éviter la commission d'un crime ou d'un délit ou d'en limiter les effets, la peine est portée à cinq ans d'emprisonnement et 450 000 euros d'amende.

Le cumul avec l'infraction principale

Ce délit est autonome : il s'ajoute, le cas échéant, aux poursuites pour l'infraction principale ayant justifié l'enquête. Le refus peut donc aggraver sensiblement la situation pénale.

L'inscription au casier

S'agissant d'un délit, une condamnation est inscrite au casier judiciaire, avec les conséquences que cela emporte.

La pratique des tribunaux

Ces montants sont des maximums légaux. En pratique, les peines prononcées sont souvent inférieures et dépendent du contexte, des antécédents et de la gravité de l'affaire principale.


La jurisprudence de la Cour de cassation

Les premières relaxes

Pendant plusieurs années, certaines juridictions ont relaxé des personnes ayant refusé de donner leur code, estimant qu'un code de déverrouillage n'était pas une convention secrète de déchiffrement. La question était débattue.

Le renvoi en assemblée plénière

Face à la résistance des juges du fond, l'affaire a été renvoyée à la formation la plus solennelle de la Cour de cassation, l'assemblée plénière, pour trancher définitivement la question.

L'arrêt du 7 novembre 2022

Par un arrêt du 7 novembre 2022 (n° 21-83.146), l'assemblée plénière a jugé que le code de déverrouillage d'un téléphone peut constituer une convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie, dès lors que le téléphone en est équipé.

La portée de la décision

Cette décision a une portée majeure : elle confirme que le refus de donner son code peut, sous conditions, être poursuivi sur le fondement de l'article 434-15-2 du Code pénal.

Les arrêts postérieurs

La jurisprudence postérieure a précisé les conditions d'application, en insistant sur la nécessité de réquisitions régulières et d'un lien entre le téléphone et l'infraction. L'analyse reste donc au cas par cas.


La question de l'auto-incrimination

Le principe du droit de se taire

Toute personne dispose du droit de se taire et de ne pas s'auto-incriminer. On pourrait penser que ce droit permet de refuser de livrer son code. Pour comprendre ce principe, consultez notre article sur le droit au silence.

La position du Conseil constitutionnel

Saisi d'une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel, dans sa décision 2018-696 QPC, a jugé l'article 434-15-2 conforme à la Constitution, estimant qu'il ne porte pas une atteinte excessive au droit de ne pas s'auto-incriminer.

La distinction entre code et aveu

Le raisonnement repose sur une distinction : remettre un code ne revient pas à avouer une infraction, mais à permettre l'accès à des données qui existent indépendamment de la volonté de la personne.

Le débat persistant

Ce raisonnement reste discuté par une partie de la doctrine et au regard de la Convention européenne des droits de l'homme. Le débat sur l'articulation entre cette obligation et le droit au silence n'est pas clos.

L'enjeu pour la défense

Pour la défense, cet enjeu est central : selon les circonstances, des arguments tirés du droit au silence et des conditions de la demande peuvent être soulevés utilement.


Que faire si on vous demande votre code ?

Garder son calme

Face à la demande, il faut d'abord rester calme et ne pas réagir de manière impulsive. La situation est juridiquement complexe et mérite réflexion.

Vérifier le cadre de la demande

Il est important de comprendre le cadre de la demande : émane-t-elle d'une autorité judiciaire, dans le cadre de réquisitions régulières ? Ces éléments déterminent le caractère punissable du refus.

Le droit au silence sur les faits

Le droit de se taire sur les faits demeure entier. La question du code est toutefois distincte de celle des déclarations sur les faits reprochés, et obéit à un régime particulier.

Le risque du refus

Il faut avoir conscience que le refus peut, si les conditions sont réunies, constituer un délit distinct s'ajoutant aux poursuites principales. Ce risque doit être pesé.

L'intérêt de consulter un avocat

C'est précisément le moment de demander l'assistance d'un avocat, qui pourra évaluer la régularité de la demande et conseiller la conduite à tenir, au regard de la situation concrète.

Ne pas céder à la pression

Il ne faut ni céder à la pression, ni adopter une attitude d'opposition systématique. La meilleure conduite dépend des circonstances et du conseil d'un avocat.


Les moyens de défense

L'absence de réquisition régulière

La défense peut soutenir que la demande ne reposait pas sur des réquisitions régulières d'une autorité judiciaire, condition indispensable à la constitution de l'infraction.

Le téléphone non susceptible d'avoir servi

Elle peut contester que le téléphone était susceptible d'avoir servi à préparer, faciliter ou commettre l'infraction. Sans ce lien, le délit n'est pas caractérisé.

L'absence de moyen de cryptologie

Dans certains cas, il peut être discuté que le téléphone était équipé d'un moyen de cryptologie au sens de la loi, élément nécessaire à la qualification.

L'absence de connaissance du code

La défense peut faire valoir que la personne ne connaissait pas ou ne détenait pas le code, ce qui exclut le reproche d'un refus de le communiquer.

Le vice de procédure

Des vices de procédure peuvent affecter la demande, sa notification ou les conditions de l'interrogatoire, et fonder une contestation.

La contestation de la qualification

Enfin, l'avocat peut discuter la qualification retenue et l'application de la jurisprudence aux faits précis de l'espèce, qui s'apprécient toujours au cas par cas.


Le rôle de l'avocat

Pour analyser la demande

L'avocat analyse la demande de remise du code : son cadre, sa régularité, son fondement, et la réunion des conditions de l'infraction.

Pour conseiller en garde à vue

Présent dès la garde à vue, l'avocat conseille la personne sur la conduite à tenir face à la demande de code, en tenant compte des risques et de la stratégie de défense.

Pour contester l'infraction

Il peut contester l'infraction en soulevant l'absence d'une condition, un vice de procédure ou une qualification inadaptée.

Pour limiter les peines

À défaut de relaxe, l'avocat plaide pour limiter les peines, en faisant valoir le contexte et les circonstances atténuantes.

Pour les recours

Enfin, l'avocat engage les recours utiles. Le Cabinet Shalabi accompagne les personnes poursuivies pour refus de remettre le code de leur téléphone, de la garde à vue jusqu'à l'audience. Pour comprendre le cadre de l'enquête, consultez aussi notre article sur l'enquête préliminaire.


À retenir sur le refus de donner le code de son téléphone

  • Refuser de donner le code de son téléphone peut constituer un délit (article 434-15-2 du Code pénal)

  • Ce délit réprime le refus de remettre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie

  • Il est puni de trois ans d'emprisonnement et 270 000 euros d'amende

  • La peine est portée à cinq ans et 450 000 euros dans un cas aggravé

  • L'infraction suppose une réquisition d'une autorité judiciaire, un téléphone lié à une infraction et équipé d'un moyen de cryptologie

  • La Cour de cassation, le 7 novembre 2022, a confirmé que le code peut entrer dans ce champ

  • Le Conseil constitutionnel a jugé le texte conforme à la Constitution

  • L'infraction n'est pas constituée si une seule condition fait défaut

  • Le refus constitue un délit distinct qui s'ajoute aux poursuites principales

  • L'assistance d'un avocat est essentielle dès la garde à vue

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis juridique adapté à votre situation.


Questions fréquentes sur le refus de donner le code de son téléphone

Suis-je obligé de donner le code de mon téléphone à la police ?

Pas dans tous les cas. Refuser peut constituer un délit prévu par l'article 434-15-2 du Code pénal, mais seulement si plusieurs conditions sont réunies : une demande sur réquisitions d'une autorité judiciaire, un téléphone susceptible d'avoir servi à une infraction, équipé d'un moyen de cryptologie, et dont vous connaissez le code. À défaut, le refus n'est pas punissable.

Quelles peines pour un refus de donner son code ?

Le refus de remettre la convention secrète de déchiffrement est puni de trois ans d'emprisonnement et 270 000 euros d'amende. La peine est portée à cinq ans et 450 000 euros lorsque la remise du code aurait permis d'éviter un crime ou un délit ou d'en limiter les effets. Ce délit s'ajoute, le cas échéant, aux poursuites pour l'infraction principale.

Le code de déverrouillage est-il vraiment une convention de déchiffrement ?

La Cour de cassation, réunie en assemblée plénière le 7 novembre 2022 (n° 21-83.146), a jugé que le code de déverrouillage d'un téléphone peut constituer une convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie, dès lors que le téléphone en est équipé. C'est le cas de la plupart des smartphones modernes, ce qui élargit le champ d'application du texte.

Le droit de me taire ne me protège-t-il pas ?

Le droit de se taire sur les faits reste entier, mais la question du code est traitée différemment. Le Conseil constitutionnel, dans sa décision 2018-696 QPC, a jugé que l'obligation de remettre le code ne porte pas une atteinte excessive au droit de ne pas s'auto-incriminer, en considérant que remettre un code n'équivaut pas à un aveu. Ce raisonnement reste toutefois discuté.

Que se passe-t-il si je ne connais pas ou ne me souviens plus du code ?

L'infraction suppose que vous ayez connaissance du code. Si vous ne le connaissez pas ou ne le détenez pas, le reproche d'un refus de le communiquer ne peut, en principe, être retenu. Cette situation doit toutefois être appréciée au regard des circonstances et des éléments du dossier.

Le refus s'ajoute-t-il à l'affaire pour laquelle je suis poursuivi ?

Oui. Le refus de remettre le code est un délit autonome, distinct de l'infraction principale ayant justifié l'enquête. Si les conditions sont réunies, il peut donner lieu à des poursuites supplémentaires qui s'ajoutent à celles de l'affaire principale, ce qui peut aggraver la situation pénale.

Comment contester une poursuite pour refus de donner son code ?

La défense peut soutenir l'absence de réquisition régulière d'une autorité judiciaire, l'absence de lien entre le téléphone et l'infraction, l'absence de moyen de cryptologie, l'ignorance du code, ou encore un vice de procédure. Chacune de ces conditions étant nécessaire, l'absence d'une seule fait tomber l'infraction. Un avocat évaluera les moyens pertinents.

Que faire concrètement si on me demande mon code en garde à vue ?

Restez calme, ne réagissez pas de façon impulsive et demandez l'assistance de votre avocat. Celui-ci pourra vérifier le cadre et la régularité de la demande, vous informer du risque concret d'un refus et vous conseiller la conduite la plus adaptée à votre situation, plutôt qu'une opposition ou une coopération systématiques.

Pour toute question sur une demande de remise du code de votre téléphone ou une poursuite sur ce fondement, prenez rendez-vous avec un avocat en droit pénal pour une analyse personnalisée de votre situation.