Récusation d'un juge : procédure et causes légales
Catégorie : Droit pénal
Par Maître Ibrahim Shalabi — publié le
La récusation d'un juge en matière pénale est régie par l'article 668 du CPP. Causes légales, procédure et effets pratiques expliqués pour les justiciables.
Vous suivez une procédure pénale et vous estimez que le juge en charge de votre affaire ne présente pas les garanties d'impartialité nécessaires ? Vous découvrez qu'il a un lien personnel avec une partie adverse, qu'il a déjà manifesté publiquement une opinion sur votre dossier, ou qu'il a été votre adversaire dans un litige antérieur ? Vous vous demandez si vous pouvez demander qu'un autre magistrat soit désigné pour examiner votre affaire ?
La récusation d'un juge est une procédure exceptionnelle qui permet à une partie de demander que le magistrat en charge de son dossier soit écarté pour cause de partialité présumée. Régie par les articles 668 à 674-2 du Code de procédure pénale, elle constitue l'une des principales garanties du droit à un tribunal impartial consacré par l'article 6 §1 de la Convention européenne des droits de l'homme.
La récusation reste rarement utilisée en France, probablement parce qu'elle peut être perçue comme un acte de défiance envers le magistrat et déstabiliser la qualité des relations avec la juridiction. Pourtant, elle est essentielle pour préserver les voies de recours ultérieures : la Cour de cassation considère que le justiciable qui n'a pas exercé la récusation perd son droit d'invoquer la partialité devant elle. La procédure obéit à des règles strictes de forme, de fond et de délai. Cet article fait le point complet sur cette procédure, ses neuf causes légales et ses effets pratiques.
Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis juridique adapté à votre situation.
Qu'est-ce que la récusation d'un juge ?
Définition et principe
La récusation d'un juge est la procédure par laquelle une partie à un procès demande qu'un magistrat soit dessaisi de l'affaire qui lui est confiée, en raison de circonstances faisant douter de son impartialité. C'est une garantie fondamentale du droit au procès équitable.
Concrètement, la récusation permet d'écarter un juge :
En invoquant l'une des causes légales prévues par la loi
Selon une procédure stricte devant le premier président de la cour d'appel
Sous le contrôle du principe d'impartialité
Si la récusation est acceptée, le juge est remplacé par un autre magistrat pour l'examen de l'affaire.
À retenir : La récusation est une procédure exceptionnelle et délicate. Elle doit reposer sur des causes précises et être engagée dès la connaissance de la cause. À défaut, le justiciable est présumé avoir renoncé à se prévaloir de la partialité.
Le cadre légal
La récusation d'un juge en matière pénale est encadrée par :
L'article 668 du Code de procédure pénale : causes de récusation
Les articles 669 à 674-2 du CPP : procédure
L'article 662 du CPP : suspicion légitime (procédure distincte)
L'article 6 §1 de la Convention européenne des droits de l'homme : droit à un tribunal impartial
L'article 351 du Code de procédure civile : applicable par renvoi
L'article 137-1 du CPP : incompatibilités spécifiques pour certains magistrats
Ces dispositions ont été précisées par une jurisprudence abondante de la Cour de cassation.
Le principe d'impartialité
L'impartialité du juge est un principe fondamental garanti à plusieurs niveaux :
Au niveau constitutionnel :
Le Conseil constitutionnel a consacré l'impartialité comme un principe à valeur constitutionnelle (décisions n° 95-360 DC et suivantes).
Au niveau européen :
L'article 6 §1 de la Convention européenne des droits de l'homme garantit à toute personne le droit à ce que sa cause soit entendue par un tribunal impartial.
Deux dimensions de l'impartialité :
L'impartialité subjective : absence de préjugé personnel du juge
L'impartialité objective : absence d'apparence de partialité
Cette double exigence guide l'application des règles de récusation.
L'importance pratique
La récusation joue un rôle pratique important même quand elle n'est pas exercée :
Garantie théorique d'impartialité
Force psychologique sur les magistrats
Référence pour les autres procédures
Mécanisme de contrôle préventif
Protection des droits fondamentaux
Son existence même contribue à l'impartialité de la justice.
Récusation et suspicion légitime, deux procédures distinctes

Deux mécanismes différents
Le Code de procédure pénale prévoit deux mécanismes distincts pour garantir l'impartialité de la justice :
La récusation (article 668 CPP) :
Vise un magistrat individuel
Repose sur 9 causes légales précises
Examinée par le premier président de la cour d'appel
Procédure plus rapide
La suspicion légitime (article 662 CPP) :
Vise une juridiction entière
Demande de dessaisissement au profit d'une autre juridiction
Examinée par la chambre criminelle de la Cour de cassation
Procédure plus solennelle
Ces deux procédures peuvent parfois s'articuler ou se substituer selon les cas.
L'usage de la récusation
La récusation est utilisée lorsque :
Le problème concerne un magistrat précis
L'impartialité collective de la juridiction n'est pas en cause
Un remplacement du magistrat suffit
La cause est identifiable et précise
C'est la procédure la plus courante en matière de doute sur l'impartialité.
L'usage de la suspicion légitime
La suspicion légitime est utilisée lorsque :
Toute la juridiction est suspecte de partialité
L'affaire est sensible ou médiatique
Les liens entre la juridiction et les parties sont multiples
Un simple changement de magistrat ne suffirait pas
Cette procédure conduit au dépaysement de l'affaire vers une autre juridiction.
La jurisprudence sur l'articulation
La Cour de cassation a précisé l'articulation entre les deux procédures :
Préférer la récusation quand un magistrat précis est en cause
Recourir à la suspicion légitime pour des problèmes collectifs
Vérifier la pertinence du choix de la procédure
Possibilité de cumul dans certains cas exceptionnels
Le choix entre les deux procédures relève d'une stratégie juridique.
Une utilisation rare en pratique
En pratique, ces deux procédures sont rarement utilisées en France :
Quelques dizaines de demandes par an
Pour des dossiers sensibles principalement
Souvent par des justiciables expérimentés ou bien conseillés
Taux de succès faible mais non négligeable
Cette rareté contraste avec l'importance théorique du principe d'impartialité.
Les neuf causes légales de récusation
L'article 668 du Code de procédure pénale énumère neuf causes strictement définies de récusation. La Cour de cassation rappelle régulièrement que ces causes sont limitativement énumérées (Crim. 22 novembre 2005, Bull. crim. n° 305).
1° Le lien de proximité ou d'inimitié
Le premier motif concerne les relations personnelles. La récusation est possible lorsque le magistrat, son conjoint, son concubin ou son partenaire pacsé a, avec l'une des parties :
Une relation de proximité
Un lien d'amitié notoire
Une inimitié personnelle
Un lien de parenté ou d'alliance
La jurisprudence apprécie la réalité et l'intensité de ces relations.
2° L'intérêt personnel dans le litige
La récusation est possible si le magistrat a un intérêt personnel dans l'affaire :
Comme tuteur ou curateur d'une partie
Comme conseil judiciaire
Comme dirigeant ou administrateur d'une société partie
Tout autre intérêt financier ou matériel
Cet intérêt doit être actuel ou récent.
3° Le lien de parenté avec un représentant
La récusation est possible en cas de lien de parenté du magistrat avec :
Le tuteur d'une partie
Le conseil judiciaire d'une partie
L'administrateur d'une société partie
Le gérant d'une partie
Ce motif vise les liens indirects susceptibles d'influencer le magistrat.
4° Le lien de dépendance
La récusation peut être demandée en cas de lien de dépendance entre le magistrat et l'une des parties :
Dépendance professionnelle
Dépendance économique
Dépendance hiérarchique
Toute autre forme de subordination
Cette cause vise à protéger l'indépendance du magistrat.
5° La connaissance préalable du procès
C'est l'une des causes les plus invoquées. Le magistrat peut être récusé s'il a connu du procès :
Comme magistrat dans une autre procédure liée
Comme arbitre entre les parties
Comme conseil d'une partie
S'il a déposé comme témoin sur les faits du procès
Cette cause vise à éviter qu'un juge ait une opinion préconçue sur l'affaire.
Exemple jurisprudentiel récent : un magistrat ayant été JLD dans une affaire ne peut pas être ensuite président de la chambre correctionnelle qui juge la même affaire.
6° Le procès antérieur
La récusation est possible en cas de procès antérieur entre le magistrat et l'une des parties :
Procès en cours
Procès terminé moins de 5 ans avant la demande de récusation
Concernant le magistrat ou son conjoint
Quelle qu'en soit la nature
Cette cause vise à éviter les ressentiments personnels.
7° La plainte ou la dénonciation
La récusation est possible si le magistrat ou son conjoint a fait l'objet :
D'une plainte par l'une des parties
D'une dénonciation par l'une des parties
Moins de 5 ans avant la demande
Quelle qu'en soit l'issue
Cette cause vise à éviter les ressentiments procéduraux.
8° Le lien créancier-débiteur
La récusation est possible si le magistrat est créancier ou débiteur de l'une des parties :
Dette personnelle du magistrat
Créance personnelle sur une partie
Engagement financier quelconque
Indépendamment du montant
Cette cause vise à éviter tout intérêt financier croisé.
9° L'opinion manifestée
Enfin, la récusation est possible si le magistrat a manifesté une opinion concernant l'objet du procès, qui n'est pas exigée par ses fonctions :
Déclarations publiques sur l'affaire
Prises de position dans la presse
Commentaires sur les réseaux sociaux
Interventions publiques
Opinions exprimées sans nécessité
Cette cause vise à préserver l'apparence d'impartialité.
La procédure de récusation
La présentation de la requête
L'article 669 du Code de procédure pénale précise la procédure. La requête en récusation doit être :
Présentée au premier président de la cour d'appel territorialement compétente
À peine de nullité pour défaut de compétence
Motivée précisément
Accompagnée des pièces justifiant la cause invoquée
Pour la récusation d'un magistrat de la Cour de cassation, la requête est présentée au premier président de la Cour de cassation.
Les mentions obligatoires
La requête doit comporter :
L'identité du requérant
L'identité du magistrat dont la récusation est demandée
La cause précise invoquée (parmi les 9 de l'article 668)
Les faits justifiant la cause
Les pièces annexées
La signature du requérant ou de son avocat
L'omission de mentions substantielles peut entraîner l'irrecevabilité.
La notification au magistrat récusé
Une fois la requête déposée, le premier président :
Notifie la requête au président de la juridiction à laquelle appartient le magistrat
En la forme administrative
Pour information et observations
Le magistrat dispose d'un délai pour répondre
Cette procédure contradictoire garantit les droits du magistrat visé.
L'effet sur la procédure en cours
L'article 669 du Code de procédure pénale précise un point essentiel :
« La requête en récusation ne dessaisit pas le magistrat dont la récusation est proposée. »
Toutefois, le premier président peut, après avis du procureur général, ordonner :
Un sursis à statuer sur la procédure principale
Un sursis à la continuation de l'information ou des débats
Un sursis au prononcé du jugement
Ce sursis évite que des actes importants soient pris pendant l'examen de la récusation.
L'examen par la chambre compétente
L'article 670 du Code de procédure pénale prévoit que :
La chambre compétente statue dans le mois du dépôt de la requête
Après observations du magistrat récusé
Par décision motivée
Selon les dispositions du Code de procédure civile pour le surplus
L'examen est donc relativement rapide pour préserver l'efficacité de la procédure.
Les décisions possibles
La chambre peut :
Accepter la récusation :
Le magistrat est dessaisi
Un autre magistrat est désigné
Les actes accomplis peuvent être maintenus ou annulés
L'affaire continue avec le nouveau magistrat
Rejeter la récusation :
Le magistrat poursuit sa mission
Sa partialité n'est pas reconnue
Le requérant peut être condamné aux dépens ou à une amende
Possibilité de pourvoi en cassation
Les voies de recours
La décision sur la récusation peut faire l'objet :
D'un pourvoi en cassation dans les délais classiques
D'une éventuelle nouvelle demande si nouveaux éléments
Mais pas d'appel classique (instance unique)
La Cour de cassation contrôle l'application des conditions légales.
Les délais et le timing crucial
Le principe : agir dès la connaissance
La récusation doit être demandée dès la connaissance de la cause. Ce principe, dégagé par la jurisprudence, est strict :
Agir rapidement dès l'identification de la cause
Ne pas attendre les développements de la procédure
Préserver les droits par une action précoce
Éviter les présomptions de renonciation
Le retard à agir peut être fatal.
La présomption de renonciation
Selon la jurisprudence constante de la Cour de cassation (Crim. 16 janvier 2008, pourvoi n° 07-82.365), si le justiciable :
A connaissance de la cause de récusation
Ne présente pas la requête
Et continue à participer à la procédure
Il est présumé avoir renoncé à se prévaloir de la partialité.
Cette présomption est lourde de conséquences.
Les exceptions à la présomption
La présomption de renonciation peut être écartée si le requérant démontre :
Qu'il ne pouvait pas avoir connaissance du risque de partialité
Que les éléments sont apparus tardivement
Qu'il existe une impossibilité matérielle d'agir
Qu'il existe une fraude masquant le risque
Cette démonstration est délicate.
Le moment optimal pour récuser
Le moment optimal varie selon le type de procédure :
En instruction :
Dès la désignation du juge d'instruction
Avant tout acte important
Dès la première comparution si la cause apparaît
Devant le tribunal correctionnel :
Avant l'ouverture des débats
In limine litis
Dès la connaissance de la composition
En cassation :
Dès la désignation du rapporteur
Avant l'audience
Dans des délais très courts
Le risque du défaut de récusation
Le défaut de récusation a des conséquences pratiques importantes :
Impossibilité d'invoquer la partialité en cassation
Validation de toutes les décisions du magistrat
Perte des voies de recours sur ce fondement
Difficulté à obtenir une annulation a posteriori
C'est pourquoi la décision de récuser doit être prise rapidement et avec soin.
La règle de l'épuisement préventif
Le principe
La jurisprudence de la Cour de cassation a dégagé une règle fondamentale, dite de l'épuisement préventif des voies de récusation. Selon cette règle :
La partialité d'un magistrat ne peut être invoquée en cassation
Si la récusation n'a pas été exercée au préalable
Le requérant est présumé avoir renoncé à son droit
Cette présomption est irréfragable sauf cas exceptionnels
Cette règle a été consacrée par plusieurs arrêts d'Assemblée plénière (notamment Ass. plén., n° 99-12.412 du 24 novembre 2000 et Ass. plén., n° 98-82.323 du 11 juin 2004).
Les conséquences pratiques
Cette règle a des conséquences pratiques majeures :
Pour la défense :
Identifier précocement les causes de récusation
Exercer la récusation dans les meilleurs délais
Préserver les voies de recours futures
Ne pas négliger ce mécanisme préventif
Pour la stratégie procédurale :
Anticiper les recours possibles
Préparer les arguments
Documenter les causes de récusation
Conserver les preuves des actes ayant fait naître les doutes
L'exception de l'ignorance légitime
Le requérant peut renverser la présomption en démontrant :
Qu'il n'avait pas connaissance de la cause
Que les éléments sont apparus après l'audience
Que la cause a été dissimulée
Que l'accès aux informations était impossible
Cette démonstration est exigeante et requiert des éléments matériels précis.
L'évolution récente
La Cour de cassation maintient cette jurisprudence dans ses arrêts récents. Un arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation a récemment confirmé que :
L'impartialité doit être invoquée par récusation
À défaut, le moyen est irrecevable en cassation
La règle s'applique strictement
Sauf rares hypothèses d'impossibilité matérielle
Cette rigueur souligne l'importance de la diligence.
La stratégie pour la défense
Face à cette règle, la stratégie de la défense doit être :
Vigilance constante sur la composition des juridictions
Recherche des causes potentielles de récusation
Décision rapide sur l'opportunité d'agir
Coordination entre les différents stades de la procédure
Documentation systématique des éléments pertinents
C'est l'un des piliers d'une défense pénale efficace.
Les conséquences d'une récusation
La récusation acceptée
Si la chambre accepte la récusation :
Conséquences immédiates :
Le magistrat est dessaisi de l'affaire
Un nouveau magistrat est désigné
La procédure continue avec le remplaçant
Les actes antérieurs peuvent être maintenus ou refaits
Conséquences sur les actes :
Les actes accomplis avant la demande de récusation restent en principe valides
Les actes accomplis après la demande mais avant le sursis peuvent être annulés
L'impartialité est rétablie
Conséquences pour la suite :
Le requérant conserve ses droits de recours
Le moyen d'impartialité est préservé
Une annulation ultérieure peut intervenir
La récusation rejetée
Si la chambre rejette la récusation :
Conséquences immédiates :
Le magistrat poursuit sa mission
Sa partialité n'est pas reconnue
La procédure se poursuit normalement
Le requérant peut être condamné aux dépens
Sanctions financières :
L'article 670-1 du CPP prévoit une amende civile pouvant atteindre 3 000 euros en cas de récusation rejetée comme abusive
Cette amende vise à dissuader les recours dilatoires ou de mauvaise foi
Elle s'ajoute aux dépens de la procédure
Conséquences procédurales :
Possibilité de pourvoi en cassation
Conservation du droit d'invoquer la partialité (au moins partiellement)
Préservation des voies de recours classiques
L'effet sur la procédure principale
La récusation peut avoir des effets variables sur la procédure principale :
Avec sursis :
L'affaire est suspendue pendant l'examen
Les délais légaux sont prolongés
Aucun acte définitif ne peut être pris
La procédure reprend après décision
Sans sursis :
L'affaire continue normalement
Le magistrat poursuit son office
Les actes accomplis restent valides
En cas de récusation acceptée, certains actes peuvent être annulés
Le sursis est laissé à l'appréciation du premier président.
Les effets indirects
La récusation peut avoir des effets indirects importants :
Détérioration des relations avec la juridiction
Perception négative par le ministère public
Risque d'impact sur les autres décisions de l'affaire
Médiatisation éventuelle (pour les affaires sensibles)
Implications sur les choix procéduraux ultérieurs
Ces effets indirects doivent être anticipés.
Le rôle de l'avocat
Pour identifier les causes
L'avocat joue un rôle essentiel pour identifier les causes de récusation :
Vérification de la composition de la juridiction
Recherche des liens éventuels avec les parties
Examen de la jurisprudence du magistrat
Identification des prises de position publiques
Analyse des dossiers antérieurs
Cette recherche systématique est cruciale.
Pour évaluer l'opportunité
L'avocat doit évaluer l'opportunité d'engager la récusation :
Probabilité de succès
Conséquences en cas de rejet
Effets sur la procédure principale
Alternatives possibles (suspicion légitime, déport spontané)
Stratégie globale de défense
Cette évaluation est délicate et nécessite expérience et discernement.
Pour rédiger la requête
L'avocat rédige la requête avec précision :
Identification précise de la cause invoquée
Présentation des faits supports
Articulation juridique précise
Production des pièces justificatives
Anticipation des contre-arguments
Une requête mal rédigée peut être rejetée pour irrecevabilité.
Pour plaider l'audience
Devant la chambre compétente, l'avocat :
Plaide la cause invoquée
Présente les arguments décisifs
Répond aux observations du magistrat récusé
Anticipe la décision possible
Prépare les recours éventuels
La plaidoirie doit être ferme mais respectueuse.
Pour les recours
En cas de rejet, l'avocat peut :
Engager un pourvoi en cassation
Réviser la stratégie de défense
Préserver les autres moyens de défense
Préparer les recours futurs
Coordonner avec la procédure principale
Le Cabinet Shalabi accompagne ses clients dans les procédures de récusation et de suspicion légitime, depuis l'identification des causes jusqu'à la plaidoirie devant la chambre compétente.
À retenir sur la récusation d'un juge
La récusation est régie par les articles 668 à 674-2 du Code de procédure pénale
Elle vise un magistrat individuel pour cause de partialité
L'article 668 énumère 9 causes légales limitativement énumérées
La requête est présentée au premier président de la cour d'appel
La procédure est examinée dans le mois du dépôt
Elle se distingue de la suspicion légitime (article 662) qui vise une juridiction
Le défaut de récusation entraîne une présomption de renonciation à invoquer la partialité
La récusation rejetée peut donner lieu à une amende civile jusqu'à 3 000 euros
La décision est susceptible de pourvoi en cassation
L'accompagnement d'un avocat est essentiel pour évaluer l'opportunité et préparer la requête
Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis juridique adapté à votre situation.
Questions fréquentes sur la récusation d'un juge

Peut-on récuser n'importe quel juge ?
Théoriquement oui, à condition de pouvoir invoquer l'une des 9 causes légales prévues par l'article 668 du Code de procédure pénale. Tous les magistrats du siège peuvent être récusés : juges d'instruction, juges des libertés et de la détention, juges du tribunal correctionnel, conseillers à la cour d'appel, jurés (selon procédure adaptée), magistrats de la Cour de cassation.
Combien de temps prend la procédure de récusation ?
La loi prévoit que la chambre compétente statue dans le mois du dépôt de la requête (article 670 CPP). En pratique, ce délai est généralement respecté. La décision peut faire l'objet d'un pourvoi en cassation, qui peut prendre plusieurs mois supplémentaires.
Quelle est la différence entre récusation et suspicion légitime ?
La récusation vise un magistrat individuel, est demandée au premier président de la cour d'appel, et concerne 9 causes limitativement énumérées. La suspicion légitime vise une juridiction entière, est demandée à la chambre criminelle de la Cour de cassation, et entraîne le dépaysement de l'affaire vers une autre juridiction.
Peut-on être pénalisé pour avoir demandé une récusation ?
Oui, dans certains cas. L'article 670-1 du CPP prévoit qu'une amende civile pouvant atteindre 3 000 euros peut être prononcée en cas de récusation rejetée comme abusive. Cette amende vise à dissuader les recours dilatoires ou de mauvaise foi. Toutefois, une récusation engagée de bonne foi sur la base d'arguments sérieux ne devrait pas être pénalisée.
Que faire si je découvre la cause de récusation après le jugement ?
La règle générale veut que la récusation soit exercée pendant la procédure. Si vous découvrez la cause après le jugement, vous pouvez tenter d'invoquer la partialité en appel ou en cassation, mais vous devez démontrer que vous ne pouviez pas avoir connaissance de la cause auparavant. Cette démonstration est exigeante.
Le magistrat récusé peut-il continuer à statuer ?
Pendant l'examen de la récusation, oui, sauf décision contraire du premier président qui peut ordonner un sursis. La requête en récusation ne dessaisit pas automatiquement le magistrat (article 669 CPP). Toutefois, en pratique, beaucoup de magistrats préfèrent attendre la décision pour préserver leur réputation et la sérénité de la procédure.
Faut-il prouver que le juge est effectivement partial ?
Non, il suffit de prouver l'existence de l'une des 9 causes légales prévues par l'article 668. La récusation repose sur des causes objectives et non sur la démonstration concrète d'une partialité effective. Le législateur a estimé que certaines situations créent par elles-mêmes un doute légitime suffisant pour justifier le dessaisissement.
Peut-on récuser plusieurs juges ?
Oui. Si plusieurs magistrats sont concernés par des causes de récusation, vous pouvez déposer une requête pour chacun. Toutefois, si toute la juridiction est en cause, il est plus efficace d'utiliser la procédure de suspicion légitime (article 662 CPP) qui vise à dessaisir la juridiction entière.
La récusation est-elle gratuite ?
Le dépôt de la requête en récusation est gratuit (pas de droit de timbre). Toutefois, les honoraires d'avocat sont à votre charge. L'aide juridictionnelle peut prendre en charge ces frais sous conditions de revenus. Le rejet d'une récusation abusive peut entraîner une condamnation aux dépens et à l'amende civile.
Un juge peut-il se récuser lui-même ?
Oui, c'est ce qu'on appelle le déport spontané ou l'abstention. Lorsqu'un magistrat estime qu'il existe une cause de récusation à son encontre, il peut spontanément se faire remplacer. Cette pratique est encouragée pour préserver l'impartialité de la justice et éviter les procédures formelles de récusation. Toutefois, ce déport relève de la déontologie du magistrat et n'est pas systématique.
Pour toute question sur une récusation envisagée ou pour évaluer l'opportunité d'engager cette procédure, prenez rendez-vous avec un avocat pénaliste pour une analyse personnalisée de votre situation.