Récusation d'un juge : procédure et causes légales

Catégorie : Droit pénal

Par Maître Ibrahim Shalabi — publié le

La récusation d'un juge en matière pénale est régie par l'article 668 du CPP. Causes légales, procédure et effets pratiques expliqués pour les justiciables.

Récusation d'un juge : procédure et causes légales

Vous suivez une procédure pénale et vous estimez que le juge en charge de votre affaire ne présente pas les garanties d'impartialité nécessaires ? Vous découvrez qu'il a un lien personnel avec une partie adverse, qu'il a déjà manifesté publiquement une opinion sur votre dossier, ou qu'il a été votre adversaire dans un litige antérieur ? Vous vous demandez si vous pouvez demander qu'un autre magistrat soit désigné pour examiner votre affaire ?

La récusation d'un juge est une procédure exceptionnelle qui permet à une partie de demander que le magistrat en charge de son dossier soit écarté pour cause de partialité présumée. Régie par les articles 668 à 674-2 du Code de procédure pénale, elle constitue l'une des principales garanties du droit à un tribunal impartial consacré par l'article 6 §1 de la Convention européenne des droits de l'homme.

La récusation reste rarement utilisée en France, probablement parce qu'elle peut être perçue comme un acte de défiance envers le magistrat et déstabiliser la qualité des relations avec la juridiction. Pourtant, elle est essentielle pour préserver les voies de recours ultérieures : la Cour de cassation considère que le justiciable qui n'a pas exercé la récusation perd son droit d'invoquer la partialité devant elle. La procédure obéit à des règles strictes de forme, de fond et de délai. Cet article fait le point complet sur cette procédure, ses neuf causes légales et ses effets pratiques.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis juridique adapté à votre situation.


Qu'est-ce que la récusation d'un juge ?

Définition et principe

La récusation d'un juge est la procédure par laquelle une partie à un procès demande qu'un magistrat soit dessaisi de l'affaire qui lui est confiée, en raison de circonstances faisant douter de son impartialité. C'est une garantie fondamentale du droit au procès équitable.

Concrètement, la récusation permet d'écarter un juge :

  • En invoquant l'une des causes légales prévues par la loi

  • Selon une procédure stricte devant le premier président de la cour d'appel

  • Sous le contrôle du principe d'impartialité

Si la récusation est acceptée, le juge est remplacé par un autre magistrat pour l'examen de l'affaire.

À retenir : La récusation est une procédure exceptionnelle et délicate. Elle doit reposer sur des causes précises et être engagée dès la connaissance de la cause. À défaut, le justiciable est présumé avoir renoncé à se prévaloir de la partialité.

Le cadre légal

La récusation d'un juge en matière pénale est encadrée par :

  • L'article 668 du Code de procédure pénale : causes de récusation

  • Les articles 669 à 674-2 du CPP : procédure

  • L'article 662 du CPP : suspicion légitime (procédure distincte)

  • L'article 6 §1 de la Convention européenne des droits de l'homme : droit à un tribunal impartial

  • L'article 351 du Code de procédure civile : applicable par renvoi

  • L'article 137-1 du CPP : incompatibilités spécifiques pour certains magistrats

Ces dispositions ont été précisées par une jurisprudence abondante de la Cour de cassation.

Le principe d'impartialité

L'impartialité du juge est un principe fondamental garanti à plusieurs niveaux :

Au niveau constitutionnel :

Le Conseil constitutionnel a consacré l'impartialité comme un principe à valeur constitutionnelle (décisions n° 95-360 DC et suivantes).

Au niveau européen :

L'article 6 §1 de la Convention européenne des droits de l'homme garantit à toute personne le droit à ce que sa cause soit entendue par un tribunal impartial.

Deux dimensions de l'impartialité :

  • L'impartialité subjective : absence de préjugé personnel du juge

  • L'impartialité objective : absence d'apparence de partialité

Cette double exigence guide l'application des règles de récusation.

L'importance pratique

La récusation joue un rôle pratique important même quand elle n'est pas exercée :

  • Garantie théorique d'impartialité

  • Force psychologique sur les magistrats

  • Référence pour les autres procédures

  • Mécanisme de contrôle préventif

  • Protection des droits fondamentaux

Son existence même contribue à l'impartialité de la justice.


Récusation et suspicion légitime, deux procédures distinctes

Deux mécanismes différents

Le Code de procédure pénale prévoit deux mécanismes distincts pour garantir l'impartialité de la justice :

La récusation (article 668 CPP) :

  • Vise un magistrat individuel

  • Repose sur 9 causes légales précises

  • Examinée par le premier président de la cour d'appel

  • Procédure plus rapide

La suspicion légitime (article 662 CPP) :

  • Vise une juridiction entière

  • Demande de dessaisissement au profit d'une autre juridiction

  • Examinée par la chambre criminelle de la Cour de cassation

  • Procédure plus solennelle

Ces deux procédures peuvent parfois s'articuler ou se substituer selon les cas.

L'usage de la récusation

La récusation est utilisée lorsque :

  • Le problème concerne un magistrat précis

  • L'impartialité collective de la juridiction n'est pas en cause

  • Un remplacement du magistrat suffit

  • La cause est identifiable et précise

C'est la procédure la plus courante en matière de doute sur l'impartialité.

L'usage de la suspicion légitime

La suspicion légitime est utilisée lorsque :

  • Toute la juridiction est suspecte de partialité

  • L'affaire est sensible ou médiatique

  • Les liens entre la juridiction et les parties sont multiples

  • Un simple changement de magistrat ne suffirait pas

Cette procédure conduit au dépaysement de l'affaire vers une autre juridiction.

La jurisprudence sur l'articulation

La Cour de cassation a précisé l'articulation entre les deux procédures :

  • Préférer la récusation quand un magistrat précis est en cause

  • Recourir à la suspicion légitime pour des problèmes collectifs

  • Vérifier la pertinence du choix de la procédure

  • Possibilité de cumul dans certains cas exceptionnels

Le choix entre les deux procédures relève d'une stratégie juridique.

Une utilisation rare en pratique

En pratique, ces deux procédures sont rarement utilisées en France :

  • Quelques dizaines de demandes par an

  • Pour des dossiers sensibles principalement

  • Souvent par des justiciables expérimentés ou bien conseillés

  • Taux de succès faible mais non négligeable

Cette rareté contraste avec l'importance théorique du principe d'impartialité.


Les neuf causes légales de récusation

L'article 668 du Code de procédure pénale énumère neuf causes strictement définies de récusation. La Cour de cassation rappelle régulièrement que ces causes sont limitativement énumérées (Crim. 22 novembre 2005, Bull. crim. n° 305).

1° Le lien de proximité ou d'inimitié

Le premier motif concerne les relations personnelles. La récusation est possible lorsque le magistrat, son conjoint, son concubin ou son partenaire pacsé a, avec l'une des parties :

  • Une relation de proximité

  • Un lien d'amitié notoire

  • Une inimitié personnelle

  • Un lien de parenté ou d'alliance

La jurisprudence apprécie la réalité et l'intensité de ces relations.

2° L'intérêt personnel dans le litige

La récusation est possible si le magistrat a un intérêt personnel dans l'affaire :

  • Comme tuteur ou curateur d'une partie

  • Comme conseil judiciaire

  • Comme dirigeant ou administrateur d'une société partie

  • Tout autre intérêt financier ou matériel

Cet intérêt doit être actuel ou récent.

3° Le lien de parenté avec un représentant

La récusation est possible en cas de lien de parenté du magistrat avec :

  • Le tuteur d'une partie

  • Le conseil judiciaire d'une partie

  • L'administrateur d'une société partie

  • Le gérant d'une partie

Ce motif vise les liens indirects susceptibles d'influencer le magistrat.

4° Le lien de dépendance

La récusation peut être demandée en cas de lien de dépendance entre le magistrat et l'une des parties :

  • Dépendance professionnelle

  • Dépendance économique

  • Dépendance hiérarchique

  • Toute autre forme de subordination

Cette cause vise à protéger l'indépendance du magistrat.

5° La connaissance préalable du procès

C'est l'une des causes les plus invoquées. Le magistrat peut être récusé s'il a connu du procès :

  • Comme magistrat dans une autre procédure liée

  • Comme arbitre entre les parties

  • Comme conseil d'une partie

  • S'il a déposé comme témoin sur les faits du procès

Cette cause vise à éviter qu'un juge ait une opinion préconçue sur l'affaire.

Exemple jurisprudentiel récent : un magistrat ayant été JLD dans une affaire ne peut pas être ensuite président de la chambre correctionnelle qui juge la même affaire.

6° Le procès antérieur

La récusation est possible en cas de procès antérieur entre le magistrat et l'une des parties :

  • Procès en cours

  • Procès terminé moins de 5 ans avant la demande de récusation

  • Concernant le magistrat ou son conjoint

  • Quelle qu'en soit la nature

Cette cause vise à éviter les ressentiments personnels.

7° La plainte ou la dénonciation

La récusation est possible si le magistrat ou son conjoint a fait l'objet :

  • D'une plainte par l'une des parties

  • D'une dénonciation par l'une des parties

  • Moins de 5 ans avant la demande

  • Quelle qu'en soit l'issue

Cette cause vise à éviter les ressentiments procéduraux.

8° Le lien créancier-débiteur

La récusation est possible si le magistrat est créancier ou débiteur de l'une des parties :

  • Dette personnelle du magistrat

  • Créance personnelle sur une partie

  • Engagement financier quelconque

  • Indépendamment du montant

Cette cause vise à éviter tout intérêt financier croisé.

9° L'opinion manifestée

Enfin, la récusation est possible si le magistrat a manifesté une opinion concernant l'objet du procès, qui n'est pas exigée par ses fonctions :

  • Déclarations publiques sur l'affaire

  • Prises de position dans la presse

  • Commentaires sur les réseaux sociaux

  • Interventions publiques

  • Opinions exprimées sans nécessité

Cette cause vise à préserver l'apparence d'impartialité.


La procédure de récusation

La présentation de la requête

L'article 669 du Code de procédure pénale précise la procédure. La requête en récusation doit être :

  • Présentée au premier président de la cour d'appel territorialement compétente

  • À peine de nullité pour défaut de compétence

  • Motivée précisément

  • Accompagnée des pièces justifiant la cause invoquée

Pour la récusation d'un magistrat de la Cour de cassation, la requête est présentée au premier président de la Cour de cassation.

Les mentions obligatoires

La requête doit comporter :

  • L'identité du requérant

  • L'identité du magistrat dont la récusation est demandée

  • La cause précise invoquée (parmi les 9 de l'article 668)

  • Les faits justifiant la cause

  • Les pièces annexées

  • La signature du requérant ou de son avocat

L'omission de mentions substantielles peut entraîner l'irrecevabilité.

La notification au magistrat récusé

Une fois la requête déposée, le premier président :

  • Notifie la requête au président de la juridiction à laquelle appartient le magistrat

  • En la forme administrative

  • Pour information et observations

  • Le magistrat dispose d'un délai pour répondre

Cette procédure contradictoire garantit les droits du magistrat visé.

L'effet sur la procédure en cours

L'article 669 du Code de procédure pénale précise un point essentiel :

« La requête en récusation ne dessaisit pas le magistrat dont la récusation est proposée. »

Toutefois, le premier président peut, après avis du procureur général, ordonner :

  • Un sursis à statuer sur la procédure principale

  • Un sursis à la continuation de l'information ou des débats

  • Un sursis au prononcé du jugement

Ce sursis évite que des actes importants soient pris pendant l'examen de la récusation.

L'examen par la chambre compétente

L'article 670 du Code de procédure pénale prévoit que :

  • La chambre compétente statue dans le mois du dépôt de la requête

  • Après observations du magistrat récusé

  • Par décision motivée

  • Selon les dispositions du Code de procédure civile pour le surplus

L'examen est donc relativement rapide pour préserver l'efficacité de la procédure.

Les décisions possibles

La chambre peut :

Accepter la récusation :

  • Le magistrat est dessaisi

  • Un autre magistrat est désigné

  • Les actes accomplis peuvent être maintenus ou annulés

  • L'affaire continue avec le nouveau magistrat

Rejeter la récusation :

  • Le magistrat poursuit sa mission

  • Sa partialité n'est pas reconnue

  • Le requérant peut être condamné aux dépens ou à une amende

  • Possibilité de pourvoi en cassation

Les voies de recours

La décision sur la récusation peut faire l'objet :

  • D'un pourvoi en cassation dans les délais classiques

  • D'une éventuelle nouvelle demande si nouveaux éléments

  • Mais pas d'appel classique (instance unique)

La Cour de cassation contrôle l'application des conditions légales.


Les délais et le timing crucial

Le principe : agir dès la connaissance

La récusation doit être demandée dès la connaissance de la cause. Ce principe, dégagé par la jurisprudence, est strict :

  • Agir rapidement dès l'identification de la cause

  • Ne pas attendre les développements de la procédure

  • Préserver les droits par une action précoce

  • Éviter les présomptions de renonciation

Le retard à agir peut être fatal.

La présomption de renonciation

Selon la jurisprudence constante de la Cour de cassation (Crim. 16 janvier 2008, pourvoi n° 07-82.365), si le justiciable :

  • A connaissance de la cause de récusation

  • Ne présente pas la requête

  • Et continue à participer à la procédure

Il est présumé avoir renoncé à se prévaloir de la partialité.

Cette présomption est lourde de conséquences.

Les exceptions à la présomption

La présomption de renonciation peut être écartée si le requérant démontre :

  • Qu'il ne pouvait pas avoir connaissance du risque de partialité

  • Que les éléments sont apparus tardivement

  • Qu'il existe une impossibilité matérielle d'agir

  • Qu'il existe une fraude masquant le risque

Cette démonstration est délicate.

Le moment optimal pour récuser

Le moment optimal varie selon le type de procédure :

En instruction :

  • Dès la désignation du juge d'instruction

  • Avant tout acte important

  • Dès la première comparution si la cause apparaît

Devant le tribunal correctionnel :

  • Avant l'ouverture des débats

  • In limine litis

  • Dès la connaissance de la composition

En cassation :

  • Dès la désignation du rapporteur

  • Avant l'audience

  • Dans des délais très courts

Le risque du défaut de récusation

Le défaut de récusation a des conséquences pratiques importantes :

  • Impossibilité d'invoquer la partialité en cassation

  • Validation de toutes les décisions du magistrat

  • Perte des voies de recours sur ce fondement

  • Difficulté à obtenir une annulation a posteriori

C'est pourquoi la décision de récuser doit être prise rapidement et avec soin.


La règle de l'épuisement préventif

Le principe

La jurisprudence de la Cour de cassation a dégagé une règle fondamentale, dite de l'épuisement préventif des voies de récusation. Selon cette règle :

  • La partialité d'un magistrat ne peut être invoquée en cassation

  • Si la récusation n'a pas été exercée au préalable

  • Le requérant est présumé avoir renoncé à son droit

  • Cette présomption est irréfragable sauf cas exceptionnels

Cette règle a été consacrée par plusieurs arrêts d'Assemblée plénière (notamment Ass. plén., n° 99-12.412 du 24 novembre 2000 et Ass. plén., n° 98-82.323 du 11 juin 2004).

Les conséquences pratiques

Cette règle a des conséquences pratiques majeures :

Pour la défense :

  • Identifier précocement les causes de récusation

  • Exercer la récusation dans les meilleurs délais

  • Préserver les voies de recours futures

  • Ne pas négliger ce mécanisme préventif

Pour la stratégie procédurale :

  • Anticiper les recours possibles

  • Préparer les arguments

  • Documenter les causes de récusation

  • Conserver les preuves des actes ayant fait naître les doutes

L'exception de l'ignorance légitime

Le requérant peut renverser la présomption en démontrant :

  • Qu'il n'avait pas connaissance de la cause

  • Que les éléments sont apparus après l'audience

  • Que la cause a été dissimulée

  • Que l'accès aux informations était impossible

Cette démonstration est exigeante et requiert des éléments matériels précis.

L'évolution récente

La Cour de cassation maintient cette jurisprudence dans ses arrêts récents. Un arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation a récemment confirmé que :

  • L'impartialité doit être invoquée par récusation

  • À défaut, le moyen est irrecevable en cassation

  • La règle s'applique strictement

  • Sauf rares hypothèses d'impossibilité matérielle

Cette rigueur souligne l'importance de la diligence.

La stratégie pour la défense

Face à cette règle, la stratégie de la défense doit être :

  • Vigilance constante sur la composition des juridictions

  • Recherche des causes potentielles de récusation

  • Décision rapide sur l'opportunité d'agir

  • Coordination entre les différents stades de la procédure

  • Documentation systématique des éléments pertinents

C'est l'un des piliers d'une défense pénale efficace.


Les conséquences d'une récusation

La récusation acceptée

Si la chambre accepte la récusation :

Conséquences immédiates :

  • Le magistrat est dessaisi de l'affaire

  • Un nouveau magistrat est désigné

  • La procédure continue avec le remplaçant

  • Les actes antérieurs peuvent être maintenus ou refaits

Conséquences sur les actes :

  • Les actes accomplis avant la demande de récusation restent en principe valides

  • Les actes accomplis après la demande mais avant le sursis peuvent être annulés

  • L'impartialité est rétablie

Conséquences pour la suite :

  • Le requérant conserve ses droits de recours

  • Le moyen d'impartialité est préservé

  • Une annulation ultérieure peut intervenir

La récusation rejetée

Si la chambre rejette la récusation :

Conséquences immédiates :

  • Le magistrat poursuit sa mission

  • Sa partialité n'est pas reconnue

  • La procédure se poursuit normalement

  • Le requérant peut être condamné aux dépens

Sanctions financières :

  • L'article 670-1 du CPP prévoit une amende civile pouvant atteindre 3 000 euros en cas de récusation rejetée comme abusive

  • Cette amende vise à dissuader les recours dilatoires ou de mauvaise foi

  • Elle s'ajoute aux dépens de la procédure

Conséquences procédurales :

  • Possibilité de pourvoi en cassation

  • Conservation du droit d'invoquer la partialité (au moins partiellement)

  • Préservation des voies de recours classiques

L'effet sur la procédure principale

La récusation peut avoir des effets variables sur la procédure principale :

Avec sursis :

  • L'affaire est suspendue pendant l'examen

  • Les délais légaux sont prolongés

  • Aucun acte définitif ne peut être pris

  • La procédure reprend après décision

Sans sursis :

  • L'affaire continue normalement

  • Le magistrat poursuit son office

  • Les actes accomplis restent valides

  • En cas de récusation acceptée, certains actes peuvent être annulés

Le sursis est laissé à l'appréciation du premier président.

Les effets indirects

La récusation peut avoir des effets indirects importants :

  • Détérioration des relations avec la juridiction

  • Perception négative par le ministère public

  • Risque d'impact sur les autres décisions de l'affaire

  • Médiatisation éventuelle (pour les affaires sensibles)

  • Implications sur les choix procéduraux ultérieurs

Ces effets indirects doivent être anticipés.


Le rôle de l'avocat

Pour identifier les causes

L'avocat joue un rôle essentiel pour identifier les causes de récusation :

  • Vérification de la composition de la juridiction

  • Recherche des liens éventuels avec les parties

  • Examen de la jurisprudence du magistrat

  • Identification des prises de position publiques

  • Analyse des dossiers antérieurs

Cette recherche systématique est cruciale.

Pour évaluer l'opportunité

L'avocat doit évaluer l'opportunité d'engager la récusation :

  • Probabilité de succès

  • Conséquences en cas de rejet

  • Effets sur la procédure principale

  • Alternatives possibles (suspicion légitime, déport spontané)

  • Stratégie globale de défense

Cette évaluation est délicate et nécessite expérience et discernement.

Pour rédiger la requête

L'avocat rédige la requête avec précision :

  • Identification précise de la cause invoquée

  • Présentation des faits supports

  • Articulation juridique précise

  • Production des pièces justificatives

  • Anticipation des contre-arguments

Une requête mal rédigée peut être rejetée pour irrecevabilité.

Pour plaider l'audience

Devant la chambre compétente, l'avocat :

  • Plaide la cause invoquée

  • Présente les arguments décisifs

  • Répond aux observations du magistrat récusé

  • Anticipe la décision possible

  • Prépare les recours éventuels

La plaidoirie doit être ferme mais respectueuse.

Pour les recours

En cas de rejet, l'avocat peut :

  • Engager un pourvoi en cassation

  • Réviser la stratégie de défense

  • Préserver les autres moyens de défense

  • Préparer les recours futurs

  • Coordonner avec la procédure principale

Le Cabinet Shalabi accompagne ses clients dans les procédures de récusation et de suspicion légitime, depuis l'identification des causes jusqu'à la plaidoirie devant la chambre compétente.


À retenir sur la récusation d'un juge

  • La récusation est régie par les articles 668 à 674-2 du Code de procédure pénale

  • Elle vise un magistrat individuel pour cause de partialité

  • L'article 668 énumère 9 causes légales limitativement énumérées

  • La requête est présentée au premier président de la cour d'appel

  • La procédure est examinée dans le mois du dépôt

  • Elle se distingue de la suspicion légitime (article 662) qui vise une juridiction

  • Le défaut de récusation entraîne une présomption de renonciation à invoquer la partialité

  • La récusation rejetée peut donner lieu à une amende civile jusqu'à 3 000 euros

  • La décision est susceptible de pourvoi en cassation

  • L'accompagnement d'un avocat est essentiel pour évaluer l'opportunité et préparer la requête

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis juridique adapté à votre situation.


Questions fréquentes sur la récusation d'un juge

Peut-on récuser n'importe quel juge ?

Théoriquement oui, à condition de pouvoir invoquer l'une des 9 causes légales prévues par l'article 668 du Code de procédure pénale. Tous les magistrats du siège peuvent être récusés : juges d'instruction, juges des libertés et de la détention, juges du tribunal correctionnel, conseillers à la cour d'appel, jurés (selon procédure adaptée), magistrats de la Cour de cassation.

Combien de temps prend la procédure de récusation ?

La loi prévoit que la chambre compétente statue dans le mois du dépôt de la requête (article 670 CPP). En pratique, ce délai est généralement respecté. La décision peut faire l'objet d'un pourvoi en cassation, qui peut prendre plusieurs mois supplémentaires.

Quelle est la différence entre récusation et suspicion légitime ?

La récusation vise un magistrat individuel, est demandée au premier président de la cour d'appel, et concerne 9 causes limitativement énumérées. La suspicion légitime vise une juridiction entière, est demandée à la chambre criminelle de la Cour de cassation, et entraîne le dépaysement de l'affaire vers une autre juridiction.

Peut-on être pénalisé pour avoir demandé une récusation ?

Oui, dans certains cas. L'article 670-1 du CPP prévoit qu'une amende civile pouvant atteindre 3 000 euros peut être prononcée en cas de récusation rejetée comme abusive. Cette amende vise à dissuader les recours dilatoires ou de mauvaise foi. Toutefois, une récusation engagée de bonne foi sur la base d'arguments sérieux ne devrait pas être pénalisée.

Que faire si je découvre la cause de récusation après le jugement ?

La règle générale veut que la récusation soit exercée pendant la procédure. Si vous découvrez la cause après le jugement, vous pouvez tenter d'invoquer la partialité en appel ou en cassation, mais vous devez démontrer que vous ne pouviez pas avoir connaissance de la cause auparavant. Cette démonstration est exigeante.

Le magistrat récusé peut-il continuer à statuer ?

Pendant l'examen de la récusation, oui, sauf décision contraire du premier président qui peut ordonner un sursis. La requête en récusation ne dessaisit pas automatiquement le magistrat (article 669 CPP). Toutefois, en pratique, beaucoup de magistrats préfèrent attendre la décision pour préserver leur réputation et la sérénité de la procédure.

Faut-il prouver que le juge est effectivement partial ?

Non, il suffit de prouver l'existence de l'une des 9 causes légales prévues par l'article 668. La récusation repose sur des causes objectives et non sur la démonstration concrète d'une partialité effective. Le législateur a estimé que certaines situations créent par elles-mêmes un doute légitime suffisant pour justifier le dessaisissement.

Peut-on récuser plusieurs juges ?

Oui. Si plusieurs magistrats sont concernés par des causes de récusation, vous pouvez déposer une requête pour chacun. Toutefois, si toute la juridiction est en cause, il est plus efficace d'utiliser la procédure de suspicion légitime (article 662 CPP) qui vise à dessaisir la juridiction entière.

La récusation est-elle gratuite ?

Le dépôt de la requête en récusation est gratuit (pas de droit de timbre). Toutefois, les honoraires d'avocat sont à votre charge. L'aide juridictionnelle peut prendre en charge ces frais sous conditions de revenus. Le rejet d'une récusation abusive peut entraîner une condamnation aux dépens et à l'amende civile.

Un juge peut-il se récuser lui-même ?

Oui, c'est ce qu'on appelle le déport spontané ou l'abstention. Lorsqu'un magistrat estime qu'il existe une cause de récusation à son encontre, il peut spontanément se faire remplacer. Cette pratique est encouragée pour préserver l'impartialité de la justice et éviter les procédures formelles de récusation. Toutefois, ce déport relève de la déontologie du magistrat et n'est pas systématique.

Pour toute question sur une récusation envisagée ou pour évaluer l'opportunité d'engager cette procédure, prenez rendez-vous avec un avocat pénaliste pour une analyse personnalisée de votre situation.