Infection nosocomiale : quels recours et quelle indemnisation ?

Catégorie : Responsabilité médicale

Par Maître Shalabi — publié le

Infection contractée à l'hôpital ou en clinique : l'établissement est responsable de plein droit. Vos recours, les délais et les preuves à réunir.

Couloir d'hôpital désert, sol brillant, lumière rasante de fin de journée

L'essentiel

  • L'article L. 1142-1 du code de la santé publique rend les établissements de santé responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère : la victime n'a pas à prouver de faute.
  • L'ONIAM indemnise au titre de la solidarité nationale les infections nosocomiales entraînant un taux d'atteinte permanente supérieur à 25 % ou le décès (article L. 1142-1-1 du code de la santé publique).
  • Le seuil de gravité ouvrant l'accès à la commission de conciliation et d'indemnisation est fixé à 24 % d'atteinte permanente par l'article D. 1142-1, avec des critères alternatifs de durée et d'inaptitude.
  • L'action se prescrit par dix ans à compter de la consolidation du dommage, et non de la date de l'infection (article L. 1142-28 du code de la santé publique).
  • Le dossier médical doit être communiqué au patient au plus tard dans les huit jours de sa demande, délai porté à deux mois si les informations datent de plus de cinq ans (article L. 1111-7 du code de la santé publique).

Une opération se passe bien, puis la fièvre monte. Quelques jours plus tard, un prélèvement révèle un germe qui n'avait rien à faire là. Commencent alors des mois de traitement, parfois une reprise chirurgicale, souvent des séquelles définitives. Face à cette situation, le droit français place la victime dans une position nettement plus favorable que pour la plupart des autres accidents médicaux, à condition de connaître les textes et de respecter les délais.

Qu'est-ce qu'une infection nosocomiale au sens de la loi ?

C'est une infection contractée au cours d'une prise en charge et qui n'existait ni ne couvait au moment de l'admission. La notion recouvre les infections du site opératoire, les infections sur cathéter ou sur sonde, les pneumopathies acquises sous ventilation, les infections urinaires liées à un sondage. Le code de la santé publique ne définit pas l'infection nosocomiale par une formule unique : il la vise directement et en tire un régime propre.

L'ancrage se trouve à l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, dont le I pose un principe et une exception. Le principe : les professionnels et les établissements ne répondent des conséquences dommageables de leurs actes qu'en cas de faute. L'exception, essentielle ici : les établissements, services et organismes de santé sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère.

L'hôpital est-il automatiquement responsable de mon infection ?

Presque, et c'est là tout l'intérêt du régime. La victime n'a pas à démontrer une faute d'hygiène, un manquement au protocole ou une négligence du personnel. Il lui suffit d'établir deux choses : l'existence de l'infection et son caractère nosocomial, c'est-à-dire son lien avec la prise en charge. La charge de la preuve bascule ensuite sur l'établissement, qui ne s'exonère qu'en démontrant une cause étrangère.

Ce renversement change tout. Dans la plupart des dossiers de responsabilité médicale et de recherche de faute, la victime se heurte à une expertise qui conclut à l'absence de manquement. En matière d'infection nosocomiale, le débat se déplace vers l'origine du germe et vers l'étendue des préjudices.

Qu'est-ce que la cause étrangère que l'établissement peut invoquer ?

C'est un événement extérieur à l'établissement, imprévisible et irrésistible, qui explique à lui seul la survenue de l'infection. L'exonération est étroite et rarement admise en pratique. L'établissement tente généralement de soutenir que le germe était déjà présent chez le patient avant l'admission, ou qu'il provient d'un foyer infectieux antérieur sans rapport avec les soins dispensés.

La discussion devient alors microbiologique et chronologique : nature du germe, délai d'incubation, résultats des prélèvements préopératoires, existence d'autres cas dans le service à la même période. C'est précisément pour cette raison que le dossier médical complet doit être récupéré avant toute démarche.

Et si j'ai été infecté chez un médecin libéral ou en cabinet ?

Le régime n'est pas le même, et la distinction est décisive. L'article L. 1142-1 du code de la santé publique réserve la responsabilité sans faute aux établissements, services et organismes de santé. Un praticien exerçant à titre libéral, dans son propre cabinet, ne répond de l'infection qu'en cas de faute prouvée, par exemple un manquement aux règles d'asepsie ou de stérilisation du matériel.

La question de savoir où l'infection a été contractée commande donc le fondement juridique, la personne à mettre en cause et la juridiction compétente. Elle mérite d'être tranchée avant d'engager le moindre courrier.

Quand l'ONIAM prend-il le relais de l'établissement ?

Lorsque l'infection nosocomiale est particulièrement grave, la solidarité nationale se substitue à l'établissement. L'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale pour les dommages résultant d'infections nosocomiales correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 %, ainsi que pour les décès provoqués par ces infections.

Dans ces situations, c'est l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux qui indemnise, sans que la victime ait à chercher un responsable. En deçà de ce taux, la réparation reste à la charge de l'établissement et de son assureur. Le mécanisme rejoint alors, dans son esprit, celui de l'indemnisation de l'aléa thérapeutique sans faute du médecin.

Comment savoir si mon dossier atteint le seuil de gravité ?

Le seuil est fixé par l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, et il conditionne l'accès à la commission de conciliation et d'indemnisation. Deux seuils coexistent, souvent confondus.

SituationSeuil applicable
Accès à la CCI et à la solidarité nationale (gravité générale)Taux d'atteinte permanente supérieur à 24 %
Prise en charge de l'infection nosocomiale par l'ONIAMTaux d'atteinte permanente supérieur à 25 %, ou décès
Critère alternatif de duréeArrêt temporaire des activités professionnelles ou déficit fonctionnel temporaire d'au moins 50 %, pendant six mois consécutifs ou six mois non consécutifs sur douze mois
Critères exceptionnelsInaptitude définitive à l'activité professionnelle antérieure, ou troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence, y compris d'ordre économique

Un dossier qui n'atteint aucun de ces seuils n'est pas perdu pour autant. Il relève alors de la voie amiable directe avec l'assureur de l'établissement, ou de la voie judiciaire, sans passer par la commission.

Faut-il saisir la CCI ou aller directement devant le tribunal ?

Tout dépend de la gravité du dommage et de l'urgence. La commission de conciliation et d'indemnisation présente trois avantages : elle est gratuite, elle ordonne une expertise contradictoire dont les frais ne sont pas supportés par la victime, et sa saisine suspend les délais de prescription et de recours contentieux.

Le calendrier de la voie amiable

La commission rend son avis dans un délai de six mois à compter de sa saisine. L'assureur du responsable désigné par l'avis, ou l'office lorsque la solidarité nationale est en cause, dispose ensuite de quatre mois pour adresser une offre d'indemnisation. Une offre provisionnelle s'impose si la consolidation n'est pas acquise. La procédure de saisine de la CCI obéit à des formes précises qu'il vaut mieux maîtriser dès le dépôt du dossier.

Quand la voie judiciaire s'impose

Elle redevient la seule option lorsque le seuil de gravité n'est pas atteint, lorsque l'avis de la commission est contesté, ou lorsque l'offre reçue est manifestement insuffisante. Le juge compétent dépend du statut de l'établissement : le tribunal administratif pour un hôpital public, le tribunal judiciaire pour une clinique privée.

Combien de temps ai-je pour agir après une infection nosocomiale ?

Dix ans à compter de la consolidation du dommage, et non de l'infection elle-même. L'article L. 1142-28 du code de la santé publique fixe ce délai pour les actions tendant à mettre en cause la responsabilité des professionnels et des établissements de santé à raison d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins.

Le point de départ retenu, la consolidation, protège les victimes dont l'état met des années à se stabiliser. Il ne dispense pas d'agir tôt : les preuves s'évaporent, les témoins changent de service, les registres de surveillance ne se conservent pas indéfiniment.

Comment prouver que l'infection vient bien de l'hôpital ?

Par le dossier médical, et il faut le demander sans attendre. L'article L. 1111-7 du code de la santé publique permet à tout patient d'accéder aux informations concernant sa santé et d'en obtenir communication au plus tard dans les huit jours suivant sa demande, après un délai de réflexion de quarante-huit heures. Ce délai est porté à deux mois lorsque les informations datent de plus de cinq ans.

Les pièces déterminantes sont connues : compte rendu opératoire, feuille d'anesthésie, résultats bactériologiques datés, prescriptions d'antibiotiques, transmissions infirmières, comptes rendus de reprise chirurgicale. La chronologie des prélèvements est souvent l'élément qui emporte la conviction de l'expert.

Quels préjudices peuvent être indemnisés ?

L'ensemble des postes de la nomenclature Dintilhac, comme pour tout dommage corporel. On y retrouve les dépenses de santé restées à charge, les frais de transport et d'aménagement, les pertes de revenus pendant l'arrêt, l'incidence professionnelle, le déficit fonctionnel temporaire puis permanent, les souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément et le besoin en aide humaine.

Les proches ne sont pas oubliés. Le conjoint, les enfants et les parents peuvent solliciter la réparation de leur préjudice propre, dit préjudice par ricochet, notamment lorsque l'infection a entraîné le décès ou une perte d'autonomie durable.

Que faire concrètement dans les prochaines semaines ?

Cinq démarches structurent utilement le début d'un dossier d'infection nosocomiale :

  • demander par écrit la copie intégrale du dossier médical, en visant l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ;
  • conserver tous les justificatifs de frais, y compris les transports et les aides à domicile ;
  • faire établir un certificat médical décrivant précisément les séquelles et leur retentissement ;
  • vérifier l'existence d'une garantie protection juridique dans les contrats d'assurance du foyer ;
  • faire analyser le dossier par un avocat avant toute déclaration ou tout entretien avec l'assureur de l'établissement.

Rien de ce qui précède ne dispense d'un examen individuel du dossier. Un avocat en responsabilité médicale à Paris arbitre la voie à emprunter au vu des pièces, du seuil de gravité atteint et du statut de l'établissement.

Ce qu'il faut retenir

L'infection nosocomiale bénéficie d'un régime probatoire nettement plus favorable que le reste de la responsabilité médicale : l'établissement répond du dommage sans qu'une faute ait à être démontrée, et seule la preuve d'une cause étrangère peut l'en dispenser. Les difficultés se déplacent vers l'origine du germe, le seuil de gravité et le chiffrage des préjudices.

Chaque dossier appelle une analyse propre et la consultation d'un avocat s'impose avant toute démarche irréversible. Le cabinet reçoit les patients et leurs familles au 51 rue de Maubeuge, 75009 Paris. Pour faire examiner votre situation, appelez le 01 85 61 17 00 ou décrivez votre dossier depuis la page contact du cabinet.

Questions fréquentes

Comment prouver qu'une infection a été attrapée à l'hôpital ?

La victime doit établir l'existence de l'infection et son lien avec la prise en charge, sans avoir à démontrer une faute. Les pièces utiles sont les prélèvements bactériologiques datés, le compte rendu opératoire, les transmissions infirmières et les prescriptions d'antibiotiques. La chronologie compte autant que la nature du germe, car elle permet d'écarter l'hypothèse d'une infection antérieure à l'admission.

L'hôpital peut-il échapper à sa responsabilité ?

Seulement en rapportant la preuve d'une cause étrangère, c'est-à-dire d'un événement extérieur, imprévisible et irrésistible expliquant l'infection. Cette exonération est admise avec parcimonie. L'établissement soutient le plus souvent que le germe préexistait chez le patient. Le débat devient alors microbiologique et se tranche au vu du dossier médical et de l'expertise.

Quelle différence entre l'indemnisation par l'établissement et celle par l'ONIAM ?

En dessous de 25 % d'atteinte permanente, l'établissement et son assureur indemnisent au titre de la responsabilité sans faute. Au-delà de ce taux, ou en cas de décès causé par l'infection, la charge est transférée à l'ONIAM au titre de la solidarité nationale. Le résultat pour la victime reste une réparation intégrale de ses préjudices.

La saisine de la CCI est-elle payante ?

Non. La procédure devant la commission de conciliation et d'indemnisation est gratuite et l'expertise qu'elle ordonne n'est pas à la charge de la victime. Sa saisine suspend en outre les délais de prescription et de recours contentieux. Les honoraires d'avocat et de médecin conseil restent en revanche à la charge du demandeur, sous réserve d'une garantie protection juridique.

Les proches de la victime peuvent-ils être indemnisés ?

Oui. Le conjoint, les enfants, les parents et plus largement les proches peuvent demander réparation de leur préjudice personnel, dit préjudice par ricochet. Sont visés le préjudice d'affection, les frais exposés pour l'assistance quotidienne et, en cas de décès, les pertes de revenus du foyer. Ces demandes se présentent dans le même dossier que celles de la victime directe.

Sources