Expertise médicale d'assurance : faut-il un médecin conseil ?
Catégorie : Dommage corporel
Par Maître Shalabi — publié le
Convoqué par l'assureur à une expertise médicale après un accident ? Ce rendez-vous décide de votre indemnisation. Pourquoi ne jamais y aller seul.
L'essentiel
- L'expertise médicale organisée par l'assureur fixe les taux, les dates et les durées qui serviront à chiffrer l'indemnisation : c'est le rendez-vous le plus déterminant du dossier.
- L'article R. 211-43 du code des assurances impose à l'assureur d'aviser la victime quinze jours au moins avant l'examen, de lui indiquer l'identité et les titres du médecin, et de l'informer qu'elle peut se faire assister d'un médecin de son choix.
- Le médecin conseil de victime est un praticien indépendant de la compagnie, choisi par la personne blessée, qui discute les conclusions poste par poste pendant l'examen et rédige des dires après le rapport.
- Le rapport doit être adressé à la victime dans les vingt jours de l'examen (article R. 211-44 du code des assurances), ce qui laisse un temps d'analyse avant l'offre.
- Une transaction signée trop vite peut encore être dénoncée dans les quinze jours de sa conclusion (article L. 211-16 du code des assurances).
La convocation arrive souvent quelques semaines après l'accident, dans une enveloppe ordinaire. L'assureur invite la victime à se présenter à un examen médical, à une adresse qu'elle ne connaît pas, devant un praticien qu'elle n'a pas choisi. Le rendez-vous dure rarement plus d'une heure. L'expertise médicale d'assurance pèse pourtant davantage sur le montant final de l'indemnisation que tous les courriers échangés avant elle, parce que c'est là que se fixent les taux, les dates et les séquelles à partir desquels tout sera calculé.
L'expertise médicale d'assurance, de quoi s'agit-il exactement ?
C'est l'examen médical que l'assureur organise pour évaluer les séquelles de la victime avant de lui présenter une offre. La loi du 5 juillet 1985, dite loi Badinter, oblige l'assureur du véhicule impliqué à formuler une offre d'indemnisation dans les huit mois de l'accident, en vertu de l'article L. 211-9 du code des assurances. Pour chiffrer cette offre, il lui faut un rapport médical. Ce rapport, c'est l'expertise.
Le praticien désigné n'est pas un expert judiciaire nommé par un tribunal. Il est mandaté et rémunéré par la compagnie. Son rapport n'a donc aucune valeur juridictionnelle, mais il devient en pratique le socle de la transaction proposée. La très grande majorité des dossiers relevant de la loi Badinter et de ses règles d'indemnisation se règlent ainsi, à l'amiable, sur la foi de ce seul document.
Le médecin de l'assureur est-il vraiment neutre ?
Il demeure tenu par la déontologie médicale, mais il exerce pour le compte de celui qui paiera l'indemnité. Cette situation ne fait pas de lui un adversaire déloyal. Elle explique en revanche que son examen s'attache d'abord à ce que les pièces médicales démontrent de façon incontestable, et beaucoup moins à ce que la victime endure au quotidien sans pouvoir en rapporter la preuve écrite.
L'écart se creuse sur les postes discutés à la marge : quelques points de déficit fonctionnel permanent, quelques semaines de gêne temporaire, un besoin d'aide humaine estimé à une heure par jour plutôt qu'à trois. Ces différences paraissent minces le jour de l'examen. Une fois appliqués les référentiels de calcul et la durée de vie de la victime, elles pèsent lourd.
Ai-je le droit de venir avec mon propre médecin ?
Oui, et l'assureur doit vous en informer par écrit avant l'examen. L'article R. 211-43 du code des assurances lui impose d'aviser la victime quinze jours au moins avant l'expertise, en lui indiquant l'identité et les titres du médecin chargé d'y procéder, l'objet, la date et le lieu de l'examen, ainsi que le nom de l'assureur pour le compte duquel il est fait. Le même texte ajoute que l'assureur informe la victime qu'elle peut se faire assister d'un médecin de son choix.
Cette information n'est pas isolée. Dès sa première correspondance, l'assureur doit rappeler à la victime, à peine de nullité relative de la transaction qui pourrait intervenir, qu'elle peut obtenir copie du procès-verbal d'enquête de police ou de gendarmerie et qu'elle peut se faire assister d'un avocat et, en cas d'examen médical, d'un médecin (article L. 211-10 du code des assurances). Le silence de l'assureur sur ce point constitue en lui-même un moyen à conserver.
Que fait concrètement un médecin conseil de victime ?
Il assiste la victime pendant l'examen, discute les conclusions poste par poste et installe un débat contradictoire là où il n'y en aurait pas. Ce praticien exerce la même spécialité que son confrère de la compagnie, la réparation juridique du dommage corporel, mais il n'a qu'un seul mandant : la personne blessée.
Son intervention commence avant le rendez-vous, par l'étude du dossier médical complet, et se poursuit après, par l'analyse critique du rapport. Pendant l'examen, il veille à ce que chaque doléance soit consignée, à ce que l'imputabilité des séquelles à l'accident soit correctement retenue, à ce que les antécédents ne soient pas invoqués pour réduire artificiellement la part imputable au fait accidentel. Il surveille enfin la date de consolidation, qui commande tout le reste.
Faut-il accepter la date de consolidation proposée par l'expert ?
Pas si l'état de santé évolue encore. La consolidation est le moment où les lésions se fixent et prennent un caractère permanent. Elle sépare les préjudices temporaires des préjudices définitifs et ouvre le délai de l'offre définitive de l'assureur. Une consolidation arrêtée trop tôt fige l'évaluation alors que la rééducation produit encore ses effets, ou qu'une intervention chirurgicale reste programmée.
Lorsque le doute existe, mieux vaut solliciter le report de l'examen ou une expertise intermédiaire plutôt que de laisser figer une situation instable. C'est précisément le type d'arbitrage sur lequel l'avocat et le médecin conseil se prononcent au vu du dossier, jamais par principe.
Comment se déroule l'examen, étape par étape ?
L'expertise suit un déroulé assez constant : rappel des circonstances de l'accident, recueil des doléances, examen clinique, puis discussion des conclusions. Le médecin reprend l'historique des soins, feuillette les comptes rendus d'hospitalisation, interroge sur la vie d'avant et sur celle d'aujourd'hui, mesure, teste, palpe.
Le recueil des doléances, moment décisif
Une victime pudique, qui minimise ses douleurs par crainte de paraître exagérer, se dessert gravement. Il faut décrire le réel : les nuits interrompues, l'escalier devenu difficile, les gestes abandonnés, le travail repris à mi-temps, l'enfant qu'on ne porte plus. Ces éléments ne relèvent pas de la plainte. Ils constituent la matière même de l'indemnisation.
La discussion des conclusions
À la fin de l'examen, l'expert énonce en général les conclusions qu'il retiendra. C'est le dernier instant utile pour faire consigner un désaccord, demander qu'une pièce soit versée ou signaler une doléance oubliée. Le médecin conseil intervient à ce moment précis, avant que le rapport ne parte à la frappe.
Quels postes de préjudice se jouent ce jour-là ?
Presque tous. L'expertise alimente chacun des postes de la nomenclature Dintilhac, grille commune aux assureurs et aux juridictions. Le tableau ci-dessous récapitule ce que l'expert détermine et l'effet direct de chaque ligne sur le chiffrage.
| Ce que fixe l'expertise | Traduction indemnitaire |
|---|---|
| Date de consolidation | Sépare préjudices temporaires et permanents, déclenche le délai de l'offre définitive |
| Déficit fonctionnel temporaire | Indemnise la gêne dans les actes de la vie courante avant consolidation |
| Déficit fonctionnel permanent | Poste central après consolidation, exprimé en taux puis valorisé selon l'âge |
| Souffrances endurées | Évaluation sur une échelle de 1 à 7 arrêtée par l'expert |
| Préjudice esthétique | Échelle de 1 à 7, temporaire et définitif |
| Besoin en tierce personne | Nombre d'heures d'aide humaine retenu, souvent le poste le plus lourd du dossier |
| Retentissement professionnel | Pertes de gains, incidence sur la carrière, inaptitude |
| Préjudice d'agrément | Activités sportives ou de loisir devenues impossibles |
Chacune de ces lignes se discute. C'est cette discussion, et non le courrier envoyé ensuite, qui détermine l'ordre de grandeur de l'offre d'indemnisation que présentera l'assureur.
Comment préparer son expertise médicale avant le rendez-vous ?
En rassemblant les pièces et en écrivant, à l'avance, ce que l'accident a changé. La préparation utile tient en quelques gestes concrets :
- réunir l'intégralité du dossier médical, du certificat médical initial aux derniers comptes rendus, imagerie comprise ;
- rédiger une liste datée des doléances, poste par poste, plutôt que de s'en remettre à sa mémoire le jour venu ;
- rassembler les preuves de la vie d'avant : bulletins de salaire, licence sportive, attestations de l'entourage, photographies ;
- chiffrer les frais restés à charge, y compris les déplacements et l'aide apportée par un proche ;
- saisir le médecin conseil et l'avocat suffisamment tôt pour qu'ils disposent du dossier avant l'examen.
Un dossier préparé change la nature du rendez-vous. L'expert cesse d'évaluer une personne qui raconte, il évalue une situation documentée.
Le rapport d'expertise me sera-t-il communiqué ?
Oui, et dans un délai bref. L'article R. 211-44 du code des assurances impose au médecin d'adresser un exemplaire de son rapport à l'assureur, à la victime et, le cas échéant, au médecin qui a assisté celle-ci, dans les vingt jours de l'examen. La victime n'a donc pas à découvrir les conclusions au détour d'une offre chiffrée.
Ce délai a une utilité pratique. Il ménage un temps d'analyse entre le rapport et l'offre, et c'est dans cet intervalle que se décide la suite, contestation ou acceptation. Une fois la transaction signée, la marge se referme.
Combien coûte un médecin conseil de victime, et qui le paie ?
Ses honoraires sont en principe avancés par la victime, mais plusieurs mécanismes permettent souvent d'en obtenir la prise en charge. Trois pistes méritent d'être vérifiées avant d'engager la dépense : la garantie protection juridique, fréquemment incluse dans les contrats d'habitation, d'automobile ou de carte bancaire ; la garantie du conducteur ou une assurance de personnes ; enfin la réclamation de ces frais à l'assureur au titre des frais divers, lors de la liquidation du préjudice.
Ces honoraires restent sans commune mesure avec l'écart qu'une expertise mal défendue creuse sur le chiffrage final. La question se traite au premier rendez-vous, avant que la convocation ne devienne urgente.
Que faire si le rapport d'expertise est défavorable ?
Ne rien signer et faire analyser le rapport avant toute acceptation. Un rapport défavorable n'a pas force de vérité. Il peut être discuté par un dire du médecin conseil, complété par de nouvelles pièces, ou écarté par une expertise judiciaire sollicitée devant le tribunal judiciaire.
Le code des assurances offre par ailleurs plusieurs leviers. L'offre tardive expose l'assureur à des intérêts au double du taux de l'intérêt légal (article L. 211-13). L'offre que le juge estime manifestement insuffisante peut le conduire à verser au fonds de garantie une somme pouvant atteindre 15 % de l'indemnité allouée (article L. 211-14). La transaction déjà signée peut enfin être dénoncée dans les quinze jours de sa conclusion (article L. 211-16), toute clause privant la victime de ce droit étant nulle. En cas de blocage complet, la voie du recours contre le refus d'indemnisation de l'assureur demeure ouverte.
Pourquoi l'avocat doit intervenir avant l'expertise et non après
Parce qu'un rapport médical se prépare et se discute, alors qu'il se conteste beaucoup plus difficilement. L'avocat travaille sur ce que l'expertise ne dit pas d'elle-même : le périmètre de la mission confiée au médecin, les pièces transmises et celles qui manquent, les postes oubliés, la cohérence entre les conclusions médicales et la réalité professionnelle et familiale de la victime.
Il assure aussi le lien avec le médecin conseil, surveille les délais légaux qui pèsent sur l'assureur et prépare la négociation ou, si elle échoue, la saisine du juge. Un avocat en dommage corporel à Paris saisi après la signature de la transaction dispose d'une marge de manœuvre nettement plus étroite.
Ce qu'il faut retenir avant de se rendre à la convocation
L'expertise médicale d'assurance n'est pas une visite de contrôle. C'est l'acte qui détermine, pour l'essentiel, ce que la victime percevra. Les textes lui reconnaissent des droits précis : être avisée quinze jours à l'avance, connaître le nom et les titres du médecin, se faire assister d'un praticien de son choix et d'un avocat, recevoir le rapport, dénoncer une transaction hâtive. Encore faut-il les exercer au bon moment.
Chaque situation médicale et juridique est particulière et seul l'examen du dossier complet permet d'arrêter une stratégie : la consultation d'un avocat s'impose avant toute démarche. Le cabinet reçoit les victimes et leurs proches au 51 rue de Maubeuge, 75009 Paris. Pour faire le point avant votre expertise, appelez le 01 85 61 17 00 ou exposez votre situation depuis la page contact du cabinet.
Questions fréquentes
Est-ce que je peux venir avec mon médecin à l'expertise de l'assurance ?
Oui. L'article R. 211-43 du code des assurances impose à l'assureur d'informer la victime, quinze jours au moins avant l'examen, qu'elle peut se faire assister d'un médecin de son choix. Ce praticien, appelé médecin conseil de victime, assiste à l'examen, discute les conclusions et rédige ensuite des observations. Sa présence est le principal moyen de rétablir l'équilibre face au médecin mandaté par la compagnie.
Que se passe-t-il si je refuse de me rendre à l'expertise médicale ?
L'assureur ne peut pas chiffrer son offre sans évaluation médicale, et le refus bloque donc le dossier au détriment de la victime. Mieux vaut demander un report motivé, par exemple lorsque l'état de santé n'est pas stabilisé ou que le médecin conseil n'est pas disponible, plutôt que de ne pas se présenter. Un report écrit et motivé préserve les droits, une absence les fragilise.
Dans quel délai l'assureur doit-il présenter son offre d'indemnisation ?
L'article L. 211-9 du code des assurances impose à l'assureur de présenter une offre dans les huit mois de l'accident. Lorsque l'état de la victime n'est pas consolidé dans ce délai, l'offre présentée a un caractère provisionnel. L'offre définitive doit alors intervenir dans les cinq mois suivant la date à laquelle l'assureur a été informé de la consolidation.
Le rapport du médecin de l'assureur s'impose-t-il au juge ?
Non. Ce rapport est une pièce établie à la demande d'une partie, soumise à la discussion contradictoire comme toute autre pièce du dossier. Le juge peut l'écarter, le nuancer ou ordonner une expertise judiciaire. En pratique, il pèse néanmoins beaucoup dans les règlements amiables, ce qui justifie de le contester avant d'accepter une offre plutôt qu'après.
Que puis-je faire si l'offre me paraît trop basse ?
L'offre se refuse par écrit et se discute pièce par pièce. Si le juge saisi estime l'offre manifestement insuffisante, l'article L. 211-14 du code des assurances permet de condamner l'assureur à verser au fonds de garantie une somme pouvant atteindre 15 % de l'indemnité allouée, sans préjudice des dommages et intérêts dus à la victime. Une transaction déjà signée reste dénonçable pendant quinze jours.